Kyoto, ballade avec la Kamogawa

Si l’on se permet la comparaison avec Tokyo la babylonienne, Kyoto est une ville relativement paisible. En apparence seulement car elle reste un pôle d’attraction central pour les touristes et lorsque l’on s’approche des grands axes, il est facile de ressentir la frénésie qui traverse alors la ville. Au centre de ce tumulte il est pourtant un personnage imperturbable qui quelque soit la situation continue sa route sans jamais affecter le moindre émoi.

La rivière Kamogawa

S’écouler le long de la Kamogawa :

La Kamogawa (littéralement la rivière aux canards) traverse Kyoto dans un axe nord sud.

Des berges praticables longent la rivière de chaque côté.

Vous le savez peut être si vous suivez le blog depuis un certains temps, les questions relatives à l’appropriation de l’espace public m’intéressent particulièrement.(à quoi sert la rue, japan stickers war,Xeom …)

C’est donc avec beaucoup de plaisir que je découvrais comment les Kyotoites s’étaient appropriés l’endroit.

Le temps s’écoule aussi le long de la rivière :

Il y eu beaucoup d’hésitations sur la manière dont il fallait aborder la question. Je m’y suis donc baladé, remarquant que sa fréquentation changeait sensiblement en fonction du moment de la journée.

C’est donc en respectant un cycle solaire que je vous propose cette petite balade.

La rivière appartient à ceux qui se lèvent tôt :

Il n’y a pas que les hommes qui s’éveillent le matin, les odeurs aussi sont différentes, plus vives, plus fraîches comme revigorées par une nuit de sommeille. C’est donc un bouquet de senteurs vivifiantes qui accueillent le promeneur matinal.

A l’aube, la rivière appartient aux sportifs, joggeurs, et marcheurs de toutes sortes. L’air est encore frais, le soleil rasant. Le moment est parfait pour un peu d’exercice le long de l’eau.

C’est aussi un moment privilégié pour les propriétaires d’animaux. Les chiens sont donc de sortie certains même sans laisse.

Les gens se croisent, se saluent, se parlent. Ils semblent pour la plupart habitués. Ce sont des liens qui se sont noués au fil des rencontres, au fil de l’eau.

En attendant le soleil et son zénith :

Vers 9 h 30 le soleil est déjà haut et dispense ses rayons avec une prodigalité sans pareil. Les coureurs se font alors marcheurs, la frénésie du réveil laisse place à une torpeur toute solaire.

Entre 10 heure et midi, la rivière est donc plus calme, et retrouve un aspect plus fonctionnel. On s’en sert comme axe de communication, les cyclistes pullulent.

Il existe également une catégorie particulière de personnes qui tirent pleinement parti de cet ensoleillement. Torses nus et maculés de crème solaire, ils s’exposent ainsi face à l’astre ardent pendant de longues heures. Je les nomme  les lézards. Cette capacité au soleil dépasse toute ma compréhension. J’aime cette pluralité des êtres. Voir des gens savourer ce qui me serait douloureux ou inversement est réconfortant.

laurent ibanez derriere la colline kamogawa kyoto lezards

Les lézards en action.

Quelques pêcheurs apparaissent ça et là. Sur la berge ou au milieu du courant, ils se lancent dans une compétition perdue d’avance avec les nombreux échassiers qui habitent également les lieux.

Une pause à l’ombre des arbres :

Ce n’est que lorsque l’été fait rage qu’on prend conscience de l’ombre. En son asile, on pense alors à celui qui a planté, on le remercie pour son geste et l’on comprend l’infinie sagesse de cet acte. Car lorsqu’il s’agit d’un arbre, on ne plante jamais tant pour soi que pour ceux qui viendront.

Le midi et son après, est une césure importante dans la journée. Les gens mangent seuls ou en groupe, s’étendent le temps d’une sieste, ou de quelques pages. C’est une respiration.

laurent ibanez derriere la colline kamogawa kyoto picnic

Pique-nique en famille à l’ombre d’un pont.

La tentation de l’eau vive :

A partir de juin la température commence à grimper assez rapidement et lorsque l’on voit toute cette eau on comprend que la tentation puisse être grande.

J’étais cependant étonné de ne voir personne s’y ébattre. Ma surprise allait croissante au fur et à mesure que la chaleur inondait les lieux. Quand, dans les derniers jours de juillet, j’aperçu enfin les premiers baigneurs. Cette troupe était essentiellement constituée de jeunes enfants ou de collégiens, les adultes se contentant en général de n’y abandonner que leurs pieds.

Lorsqu’il s’agit de s’amuser, tous les enfants du monde se ressemblent et ce spectacle que je regardais avec envie, ne faisait que confirmer cette idée.

laurent ibanez derriere la colline kamogawa kyoto baignade

Baignade père – fils.

Sortie du travail, une autre vie commence :

A partir de 17 heures, beaucoup finissent leur travail et une nouvelle vague submerge alors les berges. Sans la rivière, cette journée ne serait peut être qu’une particule indistincte perdu dans le flot de la vie. Il n’est donc pas rare de voir des gens en costume s’asseoir sur les berges. Ils sont parfois rejoints par des amis. Les discussions sont calmes et semblent pouvoir durer des heures. C’est la ville toute entière qui ralentit alors.

D’autres profitent aussi de ces moments pour pratiquer leur instrument. Guitares, trompettes, trombones et leur suite prennent alors vie. Il suffit de sélectionner un endroit, le niveau du musicien et de profiter du spectacle.

laurent ibanez derriere la colline kamogawa kyoto trompette

Impossible de répéter à la maison.

Pique-niquer aux doux reflets des lumières de la ville :

Le soleil se tamise et l’endroit devient propice à la rencontre, au rendez-vous. Les couples apparaissent, discutent assis dans l’herbe ou sur un banc. D’autres ont prévu un pique-nique et boivent même du vin.

La ville s’allume progressivement et la rivière s’habille de reflets dorés oscillant avec le courant.

L’air aussi devient légèrement plus frais et chacun reprend alors son souffle dans une respiration commune.

L’été c’est aussi la période des feux d’artifice et beaucoup en ont amené avec eux. Il est donc fréquent de voir les berges prendre de couleurs inattendues pour quelques instants.

laurent ibanez derriere la colline kamogawa riviere nuit

La rivière en costume de soirée.

Puis, petit à petit les berges se vident, les gens se font plus rares et les vélos recommencent à filer le long des berges ramenant chez eux leurs cavaliers.

Il est vraiment surprenant de voir à quel point un simple cour d’eau peut influencer tout une ville. Sans cette simple rivière, Kyoto aurait un tout autre visage. Sans cette rivière aimerais-je autant Kyoto ?

Je me promène dans les champs déserts, les canyons, les bois, mais de préférence près d’un torrent ou d’une rivière, car depuis l’enfance j’aime leur bruit. L’eau vive est à jamais au temps présent, un état que nous évitons assez douloureusement.

Jim Harrison.

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6 thoughts on “Kyoto, ballade avec la Kamogawa

  1. Merci pour ce partage.
    Je rentre justement de Kyoto où je me suis promenée le long de la Kamigawa, le matin et en soirée…
    Des ambiances fort différentes en effet.

    À refaire en d’autres saisons 😉

    Votre blog est une vraie source d’inspirations pour des visites dépaysantes.
    Encore merci

    Liked by 1 person

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