Le Château oublié de Kyoto.

On a beau parcourir Kyoto dans tous les sens, profiter des beautés de la Rivière Kamo, chiner au milieu des temples, ou s’attarder dans des Izakayas étranges, Kyoto est une ville dont on ne fait jamais vraiment le tour.

Lorsqu’on commence à bien connaître les têtes d’affiches, on finit par détourner le regard et être attiré par d’autres lumières. On prête l’oreille à des rumeurs plus modestes, on les avait entendues plusieurs fois déjà mais elles avaient été éclipsées par des soleils autrement plus exubérants.

C’est une de ces rumeurs qui va m’amener dans le sud est de Kyoto à la recherche d’un château japonais qui devient difficile à ignorer une fois que l’on a croisé sa route.

Fushimi ou les merveilles du sud de Kyoto :

L’imposante gare JR de Kyoto coupe la ville dans un axe est/ouest et marque pour beaucoup de voyageurs une sorte de frontière qui n’est que rarement franchie. Ceci s’explique par l’abondance de lieux extrêmement connus situés au nord de cette ligne de démarcation.
Il existe cependant une exception de taille à cette règle : le sanctuaire aux mille Toris de Fushimi Inari.

Il est cependant rare que les visiteurs de l’ancienne capitale poussent plus au sud. C’est bien dommage car tout le quartier de Fushimi recèle d’incroyables beautées.

C’est en poursuivant vers le sud que j’ai pu découvrir la présence d’un château oublié par les touristes et les kyotoïtes eux-mêmes.

Le château oublié de Momoyama :

Situé donc à une quinzaine de minutes de marche de la station de Tambabashi, le château se perche sur la colline Momoyama (littéralement la montagne aux pêches). Vous l’aurez deviné, le lieu tient son nom du fait que de nombreux pêchers avaient été plantés dans la zone.

L’endroit est incroyablement calme surtout lorsqu’on le compare au sanctuaire de fushimi Inari. On a peine à croire que quelque chose d’intéressant puisse se cacher dans les parages.

laurent ibanez derriere la colline chateau momoyama kyoto panneau

des signes discrets annoncent pourtant sa présence.

L’entrée des lieux se fait par un parking en très bon état mais complétement désert.

Incrédule on passe les habituelles guérites de péage également vides et l’on se retrouve face au château.

L’incrédulité laisse alors la place à l’émerveillement.

laurent ibanez derriere la colline chateau momoyama kyoto couverture

Le château dans toute sa splendeur.

Constitué de deux bâtiments il trône sereinement dans un écrin de verdure à peine entretenue où l’on ne croise que des voisins qui utilisent les jardins pour leur seul agrément.

Plus petit que celui d’Himeji ou d’Osaka il possède cependant un style vraiment propre. Cela tient sans doute à sa couleur particulière car l’habituel vert est éclipsé par des tons rouges qui savent accrocher le regard.

L’endroit dégage quelque chose de particulier. On se prend vite à arpenter le petit jardin et à faire le tour de l’édifice pour l’apprécier sous tous les angles.

Il est certain que le fait d’être pratiquement seul à profiter du lieu rajoute également une aura de mystère au lieu.

Le bâtiment semble encore en bon état. On a peine à croire qu’un château de cette taille n’attire plus aucun visiteur alors que tous les jours les foules se pressent au château d’Osaka.

Il est impossible de pénétrer dans la structure depuis 2003 mais même sans cela on ne regrette pas le temps pris pour le détour.

Pour cet article j’y suis retourné déjà trois fois et jamais je ne m’en suis lassé. Je pense même essayé de l’intégrer dans mes visites si je tombe sur des curieux.

laurent ibanez derriere la colline chateau momoyama kyoto batiment 1

la tour de gauche.

Il était une fois dans l’est :

Envoûte par le lieu, il était alors impossible de ne pas faire quelques recherches sur ce château. Il apparaît que son histoire est assez riche et donc vraiment passionnante.

On apprend très vite que le château n’est pas celui d’origine mais au’il date de 1964 (ce qui n’est pas si mal quand on sait que celui d’Osaka date de 1995).

Il fût à l’origine construit par le shogun Hideyoshi Toyotomi (qui est aussi à l’origine du château d’Osaka) en 1594. Ce château était dédié pour sa retraite personnelle. L’endroit était richement agencé il est d’ailleurs souvent fait référence à la salle réservé à la cérémonie du thé ou tout était recouvert de feuille d’or.

salle the dorée

reconstitution de la pièce dorée.

Malheureusement un tremblement de terre détruira complétement l’endroit seulement deux ans après que la fin de sa construction.

Toyotomi Hideyoshi n’en aura que peut profité puisqu’il meurt en 1598. Le château est reconstruit et passe sous le contrôle de Mototada Torii alors vassal de Ieyasu Tokugawa.

L’histoire des plafonds ensanglantés :

L’histoire n’en a pas fini avec ce château et la suite devient franchement intéressante.

Le château subit un siège en 1600. Les assaillants sont en très grande supériorité numérique (40000 assaillants pour 2000 défenseurs) mais cela n’empêche pas Mototada de résister pendant 11 jours laissant assez de temps a Ieyasu Tokugawa pour se préparer au combat, ce qui aura selon les spécialistes de grandes conséquences sur la fameuse bataille de Sekigahara.

mototada torii

Mototada Torii.

Lorsque Mototada se sait perdu, il se fait seppuku (suicide rituel) avec une dizaine d’autre samourais. Leur sang imbibe de manière permanente le sol du chateau.

En 1623 le château est démonté et plusieurs parties du château sont incorporées à d’autres châteaux et temples. Le sol marqué de sang sera découpé et servira à constituer ce que l’on nomme les plafonds sanglants. On les retrouve notamment dans des temples tels que le Yôgen-in, le Genkô-an et le Hôsen-in à Kyoto.

laurent ibanez derriere la colline chateau momoyama kyoto Genko an

Entrée Genko-an dans le nord ouest de Kyoto.

De nos jour il reste possible de voir ces plafonds et d’apercevoir des empruntes et traces de sang.

plafonds sanglants2

Des empruntes de visage ou de pieds sont encore distinguable.

Un musée à la mémoire de Toyotomi Hideyoshi :

Lorsque le château est reconstruit en 1963, il est destiné à devenir un musée consacré à Toyotomi Hideyoshi. Ce personnage à profondément influencé le Japon dans son ensemble et plus particulièrement Kyoto et Osaka.

J’incite les curieux à aller lire son histoire qui est vraiment intéressante.

Toyotomi_hideyoshi

Toyotomi Hideyoshi.

Le château ferme ses portes en 2003. Je n’ai pas pu trouver la/les raison(s) exacte(s) de l’arrêt de son exploitation, mais il semble que sa situation géographique excentrée et difficile d’accès en soit la raison principale.

Maintenant que vous connaissez l’histoire du château sur la colline aux pêches, j’espère que vous aurez envie de faire un petit détour par cet endroit déserté des touristes et pourtant si intéressant.

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