Un sous-marin perdu dans Osaka.

C’est un lieu étrange caché quelque part dans Osaka que l’on va évoquer aujourd’hui. Le genre d’endroit dont les japonais ont le goût. Tout cela tient au génie esthétique dont les japonais font souvent preuve. Ce sont des aspects que nous avons déjà pu évoquer à travers des articles sur le Tokyo design festa ou même sur l’étrange Izakaya Muraya.

Ces lieux ne tiennent qu’à la singularité de personnes qui ont cette capacité à donner vie à leurs idées étonnantes, à aller jusqu’au bout.

Cet endroit je ne l’ai pas découvert seul. Ce sont des amis me sachant toujours à l’affût d’une expérience, d’une découverte qui me l’ont rapporté : ” dis tu as entendu parler de cet endroit vers Tanimachi 6 chome. C’est vraiment spécial. Perso je n’ai pas pu y rester longtemps, je devenais claustrophobe.”

Ces quelques mots suffirent à attirer mon attention.

Après quelques échanges, on m’apprit qu’il s’agissait en fait d’un tout petit bar très spécial perdu dans un quartier d’Osaka, un bar sous-marin.

Le rendez-vous était pris.

Trouver un sous-marin dans un océan de béton :

On m’avait prévenu. Tu verras l’endroit n’est pas aisé à localiser. Rien d’étonnant finalement c’est un peu le propre d’un sous-marin de se faire discret. iI semble que le propriétaire des lieux ait intégré cette donnée à l’équation.

Quand on débouche du métro arrêt tanimachi 6 chome la zone semble extrêmement commune et on se dit que l’on va certainement tourner un peu en rond.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka rue d'entrée

les rues se ressemblent beaucoup dans le quartier.

La traque au submersible commence.

Heureusement on m’avait donné quelques indications car la zone à couvrir est immense. Je savais l’endroit perdu dans de toutes petites rues d’un quartier résidentiel.

On s’engouffre dans une allée étroite au fond de laquelle il nous semble apercevoir de la lumière. Mais non ce n’est pas ça.

Nous sommes tout proche c’est sûr. Alors nous nous mettons à faire consciencieusement chaque ruelle, quand au fond de l’une d’elle on aperçoit alors cette étrange porte rivetée qui s’orne d’un petit hublot. Le doute n’est plus permis nous avons localisé le bathyscaphe.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka porte d'entrée

Rendez-vous dans le bar du capitaine Némo :

Ce petit jeu de piste n’a fait qu’aiguiser notre curiosité et c’est un peu comme des explorateurs touchant au but que nous pénétrons dans l’engin.

En passant cette porte on entre clairement dans un autre monde, il n’y a pas de transition. L’endroit est étroit, petit et extrêmement sombre comme dans un sous-marin capitaine Obvious ! Vous voudrez d’ailleurs bien excuser la pauvre qualité des photos j’ai fait avec les moyens du bord et dans ce cas là ils étaient plutôt maigres. (le strict nécessaire moussaillon.).

Petit je regardais 20 000 lieues sous les mers, cette série géniale adaptée du roman éponyme de Jules Verne avec Omar Sharif. Et bien si le Nautilus avait eu son propre coin bar, il aurait certainement ressemblé à ça.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka comptoir2

le comptoir du sous-marin.

En terme d’influence on sent aussi clairement une touche très steam-punk, avec des ambiances qui rappellent l’exceptionnel Bioshock.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka détails ambiances2

L’endroit à été pensé, les détails sont partout, les lumières, le bruit etc. Il n’y a d’ailleurs pas de musique dans ce bar. Seul le bourdonnement des gros frigos se fait entendre et la lumière qui perce des portes vitrées baigne l’endroit d’une lueur jaunâtre du meilleur effet pour l’ambiance générale.

Genèse de l’endroit :

J’ai un peu discuté avec le maître des lieux mais j’avoue que ce soir il était aussi taciturne qu’un vieux loup de mer et la discussion ne fût pas évidente. (certaines mauvaises langues mettront cela sur mon japonais à couper au katana.)

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka barman

En pleine conversation avec le capitaine et Masato san.

J’ai quand même réussi à lui extorquer quelques infos. L’endroit a déjà 14 ans. Il ouvre tous les soirs jusqu’à 3 heures du matin sauf les mercredis.

Ce n’est pas lui qui à réalisé la décoration mais un de ses amis qui travaille dans le monde du spectacle.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka sas toilettes

L’origine du projet m’intriguait mais je n’arrivais pas à obtenir de réponses. Aprés avoir vérifié comment on dit sous-marin en japonais , je lui ai demandé s’il n’avait pas été sous-marinier avant. Il éclate de rire (enfin) et semble intrigué par la question. Tant bien que mal je lui explique que parfois des gens ont tellement été influencés par des périodes de leur vie qu’ils la reproduisent d’une certaine manière dans leur nouvelle activité.

Il m’assure que non. Après cette tentative de déduction pitoyable je jette l’éponge et me concentre alors sur la carte.

20000 verres sous les mers :

Je m’attendais à des choses un peu folles à ce niveau là et c’est bien le seul point un peu décevant de l’endroit. Il n’ya pas vraiment de carte et c’est à vous de faire le choix entre quelques bières en bouteilles et des cocktails assez classiques.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka détails ambiances

on choisi sa consommation à travers les vitres.

Rien de bien grave en soi mais une ou deux recettes maison auraient parfaitement complété l’ambiance.

L’endroit a vraiment excité mon imagination et la prochaine fois je lui proposerai quelques noms de cocktails propres à enflammer la clientèle. “vous reprendrez bien un blue Kraken, ou un Fancy Torpedo !” J’ai quelques amis spécialistes de la création de cocktail sur Tokyo qui planchent déjà sur la question.

Comme des sardines en boite :

On l’a déjà un peu évoqué l’endroit n’est pas trés grand. Le bar accueille à peu près six personnes et une petite alcôve, zone la plus sombre du batiscaphe, doit pouvoir en contenir quatre de plus.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka partie supérieure

on est vraiment à l’étroit. L’alcôve au fond.

Finalement cela ne déroge pas trop aux standards japonais où il est même possible de trouver bien plus petit.

Cette promiscuité n’est pas sans avantage. Lorsque l’endroit se remplit, ce qui arrive très vite, les conversations se mêlent et rapidement l’inconnu devient interlocuteur. Ce soir là nous faisons la rencontre de Masato san qui a découvert l’endroit il y a six mois de cela. Il avoue adorer et venir au moins une fois par semaine. Le chanceux n’habite qu’à quelques encablures du navire.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka coursive

L’ambiance se réchauffe ou se refroidit au gré de l’allée et venu des passagers. Le ressac de la clientèle influence en quelque sorte l’atmosphère du lieu.

Lever la tête même lorsqu’on sait le ciel absent :

Quand l’ambiance se fait plus calme, on se retrouve avec son verre et cette ambiance surréaliste. Notre regard se perd alors dans les lieux qui malgré leur relative étroitesse fourmille de milliers de détails. On lève la tête, on observe ces tuyaux en tentant de distinguer le faux du vrai, on remarque ces petits ventilateurs qui passent devant un spot blafard créant un effet presque stroboscopique.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka détails téléphone.jpg

Ce n’est pas un accessoire, il fonctionne.

Les toilettes sont aussi assez incroyables. Avant de pouvoir y pénétrer il vous faudra trouver comment ouvrir les deux sas qui isolent le lieu du reste du bâtiment. Une fois à l’intérieur un scaphandre vous attend en cas de besoin.

laurent Ibanez derriere la colline sous marin osaka toilettes

On est pas bien là ?

L’idée n’est pas de tout dévoiler mais de dire que le pari est réussi. Cet endroit ne vous amènera certainement jamais sous les mers, mais c’est plutôt hors du temps qu’il vous propose de voyager, coincé entre imagination et délire créatif.

“Il n’était pas impossible de construire Rapture au fond des mers. Il était impossible de la construire ailleurs.”

Andrew Ryan.

6 thoughts on “Un sous-marin perdu dans Osaka.

  1. Incroyable ce dont les Japonais sont capables de proposer en terme de singularité, dépaysement et originalité! Encore une fois de très belles photos et une immersion par le texte des plus réussies. Merci pour d’avoir partager cette découverte. ^_^

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    1. salut Jef. Oui l’adresse pourrait être utile mais disons qu au Japon le système d’adresse est pour le moins différent et assez peu utile. Je pourrais donner un point Gps mais ça ne serait pas respecter l’esprit “caché de ce bar que le propriétaire lui même entretien. C’est pour ça que j’ai donné pas mal d’infos dans l’article avec une photo de la rue.

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  2. Je suis allé au bar une seule fois. J’ai été assez déçu de l’ambiance, le patron n’est pas taciturne à cause de ton japonais. Et quand j’y étais, il y avait pas mal de clients (c’était plein donc 6 ou 7 personnes?) et personne ne parlait, sauf mon pote et moi dans notre coin (la plateforme à droite en entrant). Bref, c’est rigolo à voir une fois, et à chercher, mais je n’y retournerai pas. Le décors ne fait pas tout 🙂

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    1. C’est un peu le truc avec ces petits endroits. L’ambiance varie en fonction des gens qui viennent dans le bar. Si je n’avais pas croisé la route de ce sympathique japonais au bar, peut être n’aurai je pas gardé un si bon souvenir.
      Tu as raison le décors ne fait pas tout.
      c’est vrai que le barman était un peu coincé alors que c’est un peu son job de faire l’ambiance, mais il me semble que cela va avec le concept du lieu : “faite pas chier le capitaine”.

      Liked by 1 person

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