Tsuruhashi, Le quartier Coréen d’Osaka.

Décidément Osaka possède tellement de visages qu’il est parfaitement impossible de s’en lasser. Cette ville est une invitation à la découverte perpétuelle. En quittant Tokyo j’étais un peu inquiet, me demandant si la belle du Kansai saurait suffisamment étancher cette soif de découverte. Je réalise aujourd’hui à quel point l’ignorance peut bercer nos peurs.

C’est un peu par hasard que j’ai entendu parler de ce quartier. Je n’y avais pas vraiment prêté attention. C’est lors d’une balade impromptue que le métro me dépose à la station de Tsuruhashi.

Toujours par hasard je débouche dans le quartier par la sortie 6 de la ligne Sen nichi mae et sans s’y attendre on se retrouve happé par l’endroit.

C’est à la manière d’Alice que l’on se laisse tomber dans ce terrier coréen.

Suivons le lapin blanc !

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen pannéeau

Plusieurs lignes desservent le quartier.

Les origines et l’histoire du quartier :

Ce quartier d’Osaka est celui qui regroupe le plus grand nombre de coréens au Japon devant celui de Tokyo. Le Japon et la Corée possèdent une longue histoire commune. Les échanges économiques, artistiques, les guerres aussi, émaillent cette relation.

C’est justement dans les années 30 lorsque le Japon occupe la Corée et fait la guerre à la Chine que le quartier va commencer à se développer de manière importante.

A cette période, le Japon a besoin de tous ses hommes pour alimenter son armée en troupes. Se pose alors la question de la main d’oeuvre. Pour y répondre le Japon fera venir dans le Kansai beaucoup de coréens afin qu’ils travaillent dans les usines, et les mines du pays et participent à l’effort de guerre de l’empire. Cette migration il faut bien l’avouer sera souvent réalisée sous la contrainte. Lorsque le Japon capitule en 1945, il y a alors plus de deux millions de coréens dans l’archipel.

Dans les années 50, le Japon connait un nouvel afflux suite aux tensions communistes qui agitent alors la Corée et plus particulièrement à cause du soulèvement de Jéju . Il est d’ailleurs intéressant de noter que Ko Yong-Hui la mère de Kim Jon-un fut élevée dans le quartier jusqu’à ce qu’elle soit rapatriée aprés la guerre.

A ce moment beaucoup de coréens choisirent de rentrer mais d’autres qui ne possédaient alors plus beaucoup d’attaches avec leur pays d’origine choisirent alors de rester au Japon.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen allée couverte

Allée typique du quartier.

La guerre de Corée eut également un impact important sur les habitants du quartier, puisque la scission du pays se fit sentir jusqu’au japon ou le quartier se scinda entre pro sud et pro Nord. Lorsque le Japon normalisa ses relations avec le sud, les partisans du Nord se retrouvèrent alors apatrides.

A cette époque le Japon traite très durement les Coréens. Souvent victimes de discrimination, ce qui accentua ce phénomène de repli et de regroupement en quartiers possédant leurs propres écoles. La discrimination à l’embauche étant aussi très importante cela favorisa également le développement de commerces familiaux (restaurants, boutiques) souvent concentrés dans le quartier de tsuruhashi. De nos jours les choses se sont apaisées mais des tensions subsistent. Tous les ans il est possible d’assister à des manifestations anti-coréennes alimentées par l’extrême droite nippone très active dans le pays.

Il résulte de tout cela un quartier avec une identité très forte. Les gens sont cependant extrêmement accueillants et semblent très fiers de partager leur culture et spécialités avec les visiteurs qui arpentent les lieux.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen vélo restaurant traditionel

Ce restaurant reprend les peintures typiques des temples coréens.

Plonger dans le quartier :

Le quartier me fut agréable dès la première visite. Ce jour là il pleuvait abondamment et les lumières étaient particulières. Depuis, j’en ai fait un endroit de pluie. C’est à dire que j’aime particulièrement y aller par mauvais temps.

La raison majeure réside surtout dans le fait que le quartier est en fait un assemblage de petites rues plutôt étroites qui sont toutes couvertes. Ainsi au delà de la protection qu’apporte l’endroit, le bruit de la pluie prend un autre sens et le mauvais temps devient alors un compagnon agréable.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen allée

Lorsque l’on pénètre ces petites rues, on oublie pour un temps que nous sommes au Japon. L’endroit semble comme bloqué dans les années 50. Dernièrement j’ai réalisé que l’endroit me rappelait l’ambiance du film “In the mood for love” où justement certaines scènes se passent alors que la pluie tombe. On y retrouve tous les éléments du film : l’aspect populaire, le monde, la promiscuité, une activité frénétique qui agite les sens.

Cet aspect sensoriel est trés puissant et une simple balade met vos sens en éveil.

Pour ceux qui sont déjà allés dans le quartier coréen de Tokyo à shin-Okubo, n’hésitez pas à venir tenter l’expérience à Osaka. Les deux endroits sont vraiment très différents. A Tokyo les choses semblent plus neuves, plus folles tandis qu’à Osaka on ressent clairement le poid du temps et de l’histoire. Il n’est pas mieux il est simplement différent et en ce sens saura j’en suis sûr aussi plaire aux connaisseurs tokyoïtes.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen restaurant

Que trouve-t-on dans le quartier ?

Il va être difficile d’être original. Le quartier s’organise sur deux grands piliers que sont l’alimentaire et l’habillement. Mais quels piliers !

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen étal2

Ici on retrouve toutes la folie de la street food coréenne (Hotteok, Pajeon et tout un tas de choses que je ne saurais nommer). Il y a bien-sur tout un assortiment de Kimchi, les fameux pickles coréens. Couleurs et odeurs enflamment les sens, c’est un plaisir.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen kimchi

il est souvent possible de goûter.

Il ne faudrait pas oublier le fameux barbecue coréen que l’on retrouve un peu partout et qui attire autant les coréens que les japonais. Pour les trouver c’est très facile il suffit de se fier à son nez. Des fois même une épaisse fumée inonde un bout de rue, impossible de passer à côté.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen allée enfumée

une allée bien enfumée.

On ressent vraiment l’importance de la street-food du sud de l’Asie qui est plus prégnante qu’au Japon. Je pense surtout a Taiwan qui ne connaît pas d’égal en la matière.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen étal

L’autre pilier c’est l’habillement. Une multitude de petites boutiques s’alignent dans les allées sinueuses et étroites du quartier. Parfois il n’y a qu’un pas entre alimentaire et vestimentaire, mais ce joyeux mélange ne contribue que plus à l’identité de l’endroit.

On trouvera beaucoup de styles représentés, des habits traditionnels coréens, en passant par des choses très classiques, jusqu’aux vêtements influencés par la pop culture coréenne très en vogue au Japon.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen vêtements

D’ailleurs cet aspect même s’il est clairement moins évident qu’à Tokyo, est quand même représenté et quelques boutiques ça est là, où se pressent pas mal de jeunes filles, proposent cd, dvd, affiches de stars coréennes.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen vélo kpop

La culture pop coréenne est aussi bien présente.

Un lieu laissant deviner son grand âge :

Le cadre est trés vieillot et parfois même plutôt vétuste. Les structures abritant l’ensemble laissent clairement apparaître leur grand âge. Par temps de pluie les fuites apparaissent ça et là.

Selon des critères purement nippons l’endroit pourrait même sembler sale et je sais qu’il a pu rebuter pas mal de personnes plutôt axées sur une représentation “hygiénique” du Japon.

Pour avoir pas mal voyagé en Asie du sud-est, je vous assure que l’endroit est vraiment très propre et bien fréquenté.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen vélo commerce

Il y a tout un empilement de chose des qu’on lève la tête.

Cet endroit est dans son jus et c’est peut être ce qui le rend le plus intéressant. Il est le reflet d’une histoire qui n’a pas toujours été facile, d’un lieu qui à du se construire avec de petits moyens, qui s’est organisé dans le temps, servant à une époque plus de refuge qu’autre chose.

C’est tout cela qu’il vous sera possible de comprendre si vous prêtez attention aux détails, si vous levez la tête ou jetez un d’oeil dans ces toutes petites ruelles mal éclairées.

laurent ibanez derriere la colline quartier coréen vélo commerce2

On est assez éloigné de certains quartiers nippons qui souffrent parfois de l’excès inverse.

Vive les labyrinthes :

Cette contrée et ses nombreuses petites ruelles suivent des logiques qui n’appartiennent qu’à elles. Cela constitue un vrai petit labyrinthe ou il est facile de se perdre. Je pourrais vous en proposer une carte, évoquer sa construction dans tel ou tel axe, mais ce serait bien cruel car je vous priverais alors de ce plaisir rare qu’est l’errance. Avancer sans plan, sans idées précises de ce que l’on fait ou de sa destination. Ces moments où l’on se laisse porter par les lumières, les bruits et les odeurs.

La logique ne nous est plus d’aucune utilité et si l’on prend à droite ou à gauche c’est juste parce que l’envie nous l’a soufflé. On se retrouve à tourner en rond, à revenir sur ses pas. On finit même par reconnaître certains lieux à force de passer devant.

C’est peut être la meilleure façon d’aborder ce quartier, car lorsqu’on erre, il devient alors impossible de se perdre.

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7 thoughts on “Tsuruhashi, Le quartier Coréen d’Osaka.

  1. Excellent article bravo. Tu décris à merveille l’ambiance particulière de ce petit quartier. J’en ai parlé brièvement dans mon dernier article sur Osaka, cette ville est vraiment géniale. Je suis content de trouver d’autres blogueurs qui l’apprécient au moins autant que moi 😊

    Liked by 1 person

    1. Salut. Merci pour ton message. Je vais aller voir ton article.
      L’endroit est vraiment intéressant et pas seulement en tant que quartier coréen. J’y suis allé assez souvent avant de commencer à écrire un article.
      La dimension historique du lieu ne fait qu’augmenter son charme.

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