Les milles façons d’apprécier le sento.

Beaucoup ont déjà écrit sur les sento ou les onsen. Usage, bienséance, origine, qualité des eaux etc. Le sujet est à ce point fourni qu’il serait prétentieux de vouloir en rajouter à la somme de choses déjà existantes.

Dans cet article vous l’aurez compris nous n’aborderons pas ces questions mais pour le coup quelque chose de plus personnel.

Cela fait quelques années que je pratique la chose assez assidûment à travers le Japon. J’ai eu la chance d’aller dans des endroits plutôt incroyables, mais aussi très modestes. Avec le temps j’ai “construit” ma pratique des bains et après ces quelques années je commence enfin à me sentir légitime pour en parler.

Nous allons simplement découper la pratique du bain par étapes que j’essaierai d’expliquer. Cela est bien sûr très personnel, et j’espère que vous serez nombreux à venir apporter votre point de vue ou expérience (que vous n’y soyez allé qu’une ou mille fois).

J’ai écrit cet article en plusieurs fois à la sortie du bain pour tenter de ne rien oublier. Ces plaisirs sont si fugaces qu’aussitôt appréciés ,ils s’évaporent tel le rêve que l’on quitte au matin.

Sento ou Onsen ?

Ici nous parlerons surtout du Sento (l’eau n’est pas naturellement chaude et ne possède en général pas de vertu minérale à la différence du noble Onsen).

Le Sento c’est le bain public, c’est populaire, tout le monde s’y croise même les tatoués. C’est aussi beaucoup moins cher. Un Sento c’est dans les 450 yens tandis que pour un Onsen, le prix peut énormément varier en fonction de sa réputation mais en général nous sommes entre 800 et 1000 yens.

Cette simple variation de prix influe sensiblement sur la pratique et la fréquence des visites.

Je suis même certains que pour les plus pauvres de mon quartier le Sento représente la seule salle de bain possible.

Quand y aller :

La question peut paraître saugrenue mais les sento ont leurs règles et heures d’ouverture. En général ils n’ouvrent qu’en milieu d’après midi vers 15 heures. J’avoue que cela n’a jamais été une grande contrainte. Sachant qu’ils ferment en général autour de minuit et que rien ne vaut le Sento du soir.

Justement c’est après une journée harassante de travail que le sento va trouver toute sa justification. J’ai développé une maxime à ce sujet : The later the better (ça ne marche pas bien en français). Mais bon plus tardive sera la visite meilleure elle sera pour vous.

Cela n’est pas sans poser des problèmes puisque si je dois faire une exception et prendre un bain en après midi je suis ensuite dans la quasi impossibilité de continuer la journée et très vite je m’endors quelque part. C’en est presque pavlovien.

La saison joue aussi un rôle important. Au Japon les été sont chauds et humides et les hivers assez doux et à peu près secs. Même si je fréquente les bains tout au long de l’année, il va sans dire que c’est en hiver et au printemps que la fréquence est la plus importante. (jusqu’à 3 fois par semaine).

Quand il fait froid, cela réchauffe et délasse. En été cela délasse !

Les grandes étapes :

1- S’y rendre.

Cheminer vers le sento c’est presque déja y être. On anticipe ce moment et toutes ses promesses.

Il y en a partout. Du coup sans même y faire attention, lorsqu’on emménage quelque part, on sait qu’il y en aura un pas loin.

J’aime faire le chemin le plus lentement possible, aussi je préfère toujours y aller en marchant.

Il s’agit d’une sorte de sas séparant la vie haletante des grandes villes nippones avec ce moment rien qu’à soi.

Les sentos sont indiqués grâce à l’hiragana YU qui signifie aussi l’eau chaude en japonais.

Ils sont donc facile à localiser. Lorsque j’en cherchais un, mon plaisir était de les trouver par moi même.

laurent ibanez derriere la colline allez au sento yu

Le symbole qu’il faut repérer.

Ma technique était simple. En fin de journée je me baladais au hasard dans le quartier en cherchant les usagers.Ils sont simples à repérer. Les cheveux ébouriffés, en tenue décontractée (jinbei pour les anciens) ils portent souvent un petit panier en plastique contenant le nécessaire à la toilette.

Le plus dur était de déterminer s’il y allaient ou en revenaient. Les cheveux m’aidaient beaucoup à me faire une conviction.

2- L’arrivée, le changement.

Les sento sont souvent des endroits anciens. On commence par se déchausser et déposer ses chaussures dans de petits casiers aux clefs en bois étranges.

laurent ibanez derriere la colline allez au sento entrée casier

Les casiers à chaussure.

Dans les quartiers encore plus éloignés du centre on peut se contenter de laisser ses chaussures à l’entrée.

Souvent, accolé au sento, existe une petite laverie automatique. On lave ses vêtements, son corps et son âme à la fois. C’est faire d’une pierre trois coups.

A l’entrée vous trouverez souvent la salle d’attente. En effet lorsqu’on va au sento on y va souvent avec son conjoint. On convient d’une heure de sortie mais on peut aussi s’attendre là (mais nous reviendrons sur cette salle plus importante qu’on ne le suppose au début).

Le sento est divisé en deux partie : homme et femme . Au milieu trône le maître ou la maîtresse des lieux. Dans son petit box ce maître souvent assez âgé vous accueille d’un Irashaimase (bienvenue).

A force de venir au même endroit on finit par se connaître et on s’échange quelques mots.

Après avoir payé l’entré (440 yens en général) on pénètre enfin dans les vestiaires.

Les murs sont pour une partie occupés par des casiers et pour l’autre de miroirs, de sèches cheveux , balance et tout objet nécessaire à se faire beau.

Un autre élément occupe souvent ces lieux : la télévision. Elle nous accueille dans la salle d’attente et nous poursuit dans le vestiaire. Les gens se déshabillent les yeux rivés vers l’écran accroché dans un angle de la pièce.

Après s’être entièrement déshabillé et seulement équipé d’une petite serviette qui servira à vous récurer, vous entrez dans la salle des bains.

Enfin.

laurent ibanez derriere la colline allez au sento lavomatic

Pendant qu’on lave son linge on lave son corps.

3- Se faire propre.

Ce n’est plus un mystère, les bains en eux mêmes, sont faits pour se détendre, se délasser et non pour s’y laver. Il convient au préalable de se nettoyer à fond avant toute immersion.

Ce moment intime, permet de prendre du temps, de prendre son temps. Assis sur de petits tabourets (autrefois en bois maintenant en plastique) faisant face à des miroirs surmontés d’une petite douche l’eau coule à flot.

On vient avec ses produits ou l’on utilise ceux du lieu (cela dépend).

Les japonais sont très méticuleux et aucun espace de leur corps n’échappe à leur serviette. Dos, pieds, ventre , parties intimes tout est récuré. On en profite aussi éventuellement pour se raser, se brosser les dents, s’inspecter.

Lorsqu’on regarde les autres faire, on se rend compte que s’il s’agit ici de se laver, ce n’est pas vraiment tout. Ici le temps ne semble plus vraiment compter. On reprend pour un moment la main sur le rythme de sa vie et c’est enfin nous qui décidons du temps que l’on s’accorde.

Je suis souvent frappé de remarquer que le temps passé à se laver peut dépasser celui que l’on passe effectivement dans le bain.

J’ai pris du temps à pleinement goûter cette étape que j’ai longtemps considéré comme un obstacle bien désagréable entre les bains et moi. Ce n’est qu’en regardant les gens que j’ai compris que cet instant pouvait également être une occasion de plaisirs.

4- Le bain :

Il y a un moment plus important que les autres ici. Il fait d’ailleurs partie de mes moments préférés au sento. La première immersion.

Certes on n’a pas froid dans un sento, même en hiver. Lorsqu’on se lave, l’eau peut déjà être très chaude mais le corps ne subit à aucun moment cet instant qui vous subjugue.

Je prends toujours soin de choisir le bain le plus chaud de la salle (la température de ce bain est le critère de choix, j’ai pu bouder certains sento pour des bains trop froids). Je trempe une première jambe, puis l’autre. On doit sensiblement hésiter, l’entrée doit être légèrement douloureuse. Puis c’est jusqu’aux épaules que je m’enfonce dans le bain.

Ce moment où le corps s’immerge jusqu’au cou est libérateur. C’est ça que l’on attend chemin faisant, lorsque l’on se déshabille, lorsqu’on se lave sérieusement.

A ce moment tout disparaît, seul compte le rapport entre la chaleur et l’eau. Il faut en profiter car la sensation est fugace, en moins d’une minute à peine votre corps s’habitue et déjà la sensation se transforme en quelque chose d’autre.

Après c’est un calme qui s’installe. L’esprit un instant emporté vous revient et vous reprenez alors conscience de la salle qui vous entoure, du bruit de l’eau, de la vapeur, des hommes qui se lavent, se parlent, plaisantent même.

On reste encore une minute ou deux puis déjà on se lève. Votre corps est rassasié.

En fonction du sento ou vous allez, il existe une multitude de variantes, bain froids, à bulles, plus tiède, extérieur, avec herbes qui infusent et laissent une agréable odeur et le fameux bain électrique.

Il s’agit d’un bain dans lequel une petite décharge d’électricité est lâchée un peu à la manière des barrières qui peuvent entourer les champs.

Je vous laisse imaginer ma surprise la première fois que je fus mis au courant de la pratique. Les petits vieux autour de moi ont beaucoup ri. Je n’ai jamais pu m’y faire et fait toujours en sorte de l’identifier lorsque je me rends dans un sento pour la première fois.

laurent ibanez derriere la colline allez au sento entrée clef casier

Les étranges clefs des casiers.

5- Hammam / sauna.

En fonction des sento, il est possible de trouver sauna et hammam. Je n’aime pas beaucoup le sauna mais adore les hammams. Aussi celui-ci est il toujours sur la liste.

Après la première immersion et un petit passage dans le bain à bulle, je finis immanquablement dans le hammam que je ne quitte que pour le bain froid.

Après quelques allers retours il est déjà l’heure de sortir se sécher.

En règle générale entre le moment où je rentre dans la salle des bains et lorsque j’en ressors, 25/30 minutes maximum s’écoulent.

L’eau est tellement chaude que vous êtes vite repus .

6- Le meilleur pour la fin.

Après avoir retrouvé la télé et s’être rhabillé, arrive le moment préféré de ma visite. La salle d’attente !

laurent ibanez derriere la colline allez au sento salle de repos

Une salle d’attentes comme il en existe des milliers au Japon.

Constituée de quelques tables basses, de sièges masseurs ou non et d’une zone de tatami pour les plus traditionnels.

On retrouve également la télévision et des distributeurs de boissons.

Il est traditionnel de boire du lait à la sortie du sento. On s’est beaucoup déshydraté pendant le bain. Mais on voit souvent les gens boire une bière en attendant le reste de sa famille.

Ce que j’aime le plus c’est ce moment ou enfin on se pose sur un siège ou mieux à même le tatami. Abandonné ainsi, sans que nous ayons à faire le moindre mouvement. Les sens s’estompent peu à peu et seules de lointaines sensations du monde qui vous entourent persistent encore.

A cet instant votre corps semble raisonner lentement, un sentiment de paix s’installe. C’est une fatigue sans sommeil, une conscience légère, on flotte légèrement et plus rien ne compte vraiment.

La sensation s’estompe rapidement, après quelques minutes, mais avec le temps on apprend à le faire durer, ou à en jouir de plusieurs manières différentes.

Parfois après quelques minutes, j’ouvre un livre que j’ai réservé pour l’instant et me perd alors au fil des phrases. Il s’agit en général d’un livre que j’ai déjà lu plusieurs fois. Je n’ai donc pas besoin de faire d’efforts pour en comprendre le sens primaire. Cela permet parfois d’en appréhender d’autres aspects. Camus, la peste.

laurent ibanez derriere la colline allez au sento entrée boissons

Après la chaleur du bain; il est important de se réhydrater.

7- Le retour.

Toutes les choses ont une fin, même le sento. On se rechausse, et puis c’est le départ. Les pas sont plus lents les gestes moins certains. Si c’est l’hiver votre corps rayonne dans le froid, et la température n’est plus un problème.

Ces rues que vous connaissez pourtant si bien prennent des tournures étrangères, des aspects nouveaux. On les arpente à nouveau pour la première fois.

Rentrer à pied est vraiment une chose importante.

Puis l’on arrive à la maison, vos sens vous ont déjà été parfaitement rendus mais cette fois-ci c’est en pleine conscience que votre corps sombre dans une nuit que ne pourra être que douce.

Je ne suis pas un grand nostalgique. Je crois aux moments. Il me semble cependant que le jours où je quitterai ce pays il sera difficile de ne pas repenser à ces moments avec un peu d’envie.

8 thoughts on “Les milles façons d’apprécier le sento.

  1. Très belle description d’un passage aux bains, je vous rejoins sur beaucoup de ressentis dans ces endroits hors du temps, et ce sentiment d’immersion dans les petits sentos de quartier. Et aussi une grande inquiétude pour mon premier bain électrique ( sans savoir ce que c’était), comme pris de petites crampes sur tout le corps, j’ai cru que j’allais faire un malaise et faire paniquer tous les autres clients !

    Liked by 1 person

  2. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

    Liked by 1 person

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s