Inari, la nuit.

Fushimi Inari, ses renards, sa colline et surtout ses enfilades de Torii. Ce sanctuaire est peut être le plus iconique de Kyoto.

Tous les ans les gens s’y pressent, s’y massent, s’y bousculent. Il ne m’appartient pas de déterminer ce qui pousse les gens à venir à Inari mais le mysticisme qui est censé entourer les lieux semble difficilement perceptible lors de ces processions saisonnières.

On aimerait n’avoir cet endroit que pour soi même. Mais ce vœu semble être partagé par tout un chacun ce qui le rend d’autant plus compliqué à réaliser.

En fait pas tant que ça. Il suffit d’aménager son emploi du temps et tout devient alors très différent.

Des lieux qu’on ne ferme pas :

Avez vous remarqué que la plupart du temps les sanctuaires possèdent des portes (les torii) mais que ceux ci ne possèdent pas de panneaux? L’endroit ne ferme pas. On se méprend souvent sur la notion de porte.

On pense que la porte sert à fermer un lieu. C’est en fait tout le contraire. Une porte c’est en fait une ouverture. C’est un trou dans un mur. Sans porte on ne pénètre pas les lieux. Qu’ils soient physiques ou mystiques.

Ce qui peut éventuellement servir de fermeture c’est le panneau qu’on appose sur une porte.

Les Torii sont des portes dépourvues de battants.

Les sanctuaires sont des lieux par définition constamment ouverts. (Ce qui est rarement le cas des temples bouddhistes).

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 torii 7

Inari la nuit :

Si l’on ne ferme pas les lieux cela veut donc dire qu’ils vous sont toujours ouverts. Il devient donc possible de visiter Inari à des heures tardives (ou matinales). A partir de 21 heure tout devient beaucoup plus calme et les Kami récupèrent enfin la zone désertée des vivants.

Mais toutes les nuits ne sont pas les mêmes. Varier les visites en fonction des saisons change aussi également l’ambiance que l’on pourra ressentir dans les lieux.

Les soirées d’un été brûlant sont particulièrement impressionnantes. Les cigales terminent un concert assourdissant. La nature bruisse de milles activités. Nous croyons marcher seuls mais en fait nous n’avons jamais été aussi nombreux.

 

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 torii 4

Les nuits d’hiver sont elles bien plus calmes, plus sourdes. Elles résonnent d’un silence qui vous pénètre. Les dieux dorment peut être mais c’est bien dans le seul objectif d’un réveil prochain.

Par une nuit d’hiver :

C’est justement une de ces nuits d’hiver qui m’accueilli lors de cette visite. Les ombres avaient déjà tout envahi depuis plusieurs heures. Le mont Inari se couvrait alors d’une myriade de points lumineux destinés à guider les âmes encore présentes à tenter l’ascension.

Les nuits d’hiver sont parfaites pour qui veut tenter de faire quelques photos. Vous êtes seuls, les lumières sont belles et il est facile de s’imprégner de l’atmosphère des lieux.

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 torii 3

C’est vers 21h que l’ascension commence.

Passer sous la Romon, admirer le Honden :

Après les premiers Torii qui annoncent le sanctuaire, nous nous retrouvons face à la Romon la grande porte du sanctuaire.

Celle-ci aurait été offerte par Toyotomi Hideyoshi en remerciement à Inari qui aurait guéri sa mère souffrante.

La porte est magnifiquement mise en valeur par un jeu de lumière habilement dirigé. Les renards font leurs apparition devant la porte. Ils seront nos compagnons pendant tout le voyage.

On passe la porte tout en souhaitant une bonne santé aux mères où qu’elles soient.

La porte nous dévoile le complexe d’Inari. L’endroit est richement décoré, doré et le Honden (sanctuaire principal) brille de milles reflets.

Encore une fois les lumières nous dévoilent le lieux sous un angle nouveau. On à tout le temps de l’admirer d’en faire le tour plusieurs fois. Le calme qui règne ici nous absorbe complètement.

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 temizu

Commence alors l’ascension :

Les premières marches se présentent à nous baignées de la même lumière que celle du Honden. Mais petit à petit, celle-ci se fait de plus en plus discrète. Chacun de nos pas nous plonge un peu plus vers l’obscurité. L’ambiance se fait plus intime. Les bruits semblent aussi plus sourds, comme étouffés par les ombres qui peu à peu se referment sur nous.

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 temple

Le Honden

C’est étrange mais finalement notre environnement nous semble beaucoup plus clair ainsi.

Nous commençons notre ascension sous ce fameux tunnel de torii.

Chaque pas nous fait franchir une nouvelle porte et c’est imperceptiblement que nous nous enfonçons dans la spiritualité d’Inari.

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 bougies

D’ici on surplombe Kyoto :

Après une petite demie-heure de marche nous arrivons à l’intersection de Yotsutsuji d’où nous pouvons profiter d’un magnifique point de vue sur la partie sud de Kyoto.

La ville scintille et au loin les hommes s’agitent en ignorant que dans l’ombre de la montagne apparemment éteinte les Kami veillent.

On partage pendant de belles minutes cette vue avec les habitants de la colline puis on reprend notre chemin.

Deux chemins qui finiront par se rejoindre s’offrent à nous.

Même en haute saison les gens ne vont guère plus loin que ce point.

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 allée

A partir de là les Torii vous mènent de sanctuaires en sanctuaires. L’esthétique et le calme du lieu vous permettent d’un peu mieux pénétrer l’esprit qui habite les lieux. Finalement les explications deviennent presque superflues.

Inari n’est pas que le sanctuaire du riz :

On pense que le nom d’Inari provient de la contraction des mots : “Ine ni naru” qui signifie récoltez le riz.

Certes le kami Inari est dédié au riz mais de manière plus extensive, cette déité répond aux besoins des hommes tel que se vêtir, s’abriter et bien-sûr manger. D’une manière générale à ce qui permet de vivre une vie dans l’abondance et le plaisir.

Sa protection est également accordée à tous, de l’empereur aux personnes le plus humbles.

Il y a un caractère universaliste chez Inari qui joue pour beaucoup dans sa popularité.

Ce sont toutes ce choses que l’on ressent lorsqu’on se promène seul à Inari le soir.

 

Laurent Ibanez Derriere la colline Inari la nuit fev2020 offrandes

Retour chez les hommes :

Après deux bonnes heures d’errances, on reprend le chemin de la descente. Les ombres s’estompent peu à peu et l’activité de la ville parvient à nouveau jusqu’à nos oreilles.

Le honden est là à nouveau. Certains en profitent pour une dernière prière puis on ressort par un dernier Torii.

Kyoto possède plusieurs visages qui ne s’excluent pas. Si vous avez un peu de temps n’hésitez pas à voir Inari de jour mais aussi de nuit. Les deux expériences sont aussi intéressantes l’une que l’autre.

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