Festival du cinéma asiatique d’Osaka 15 éme édition.

L’an dernier j’avais la chance de couvrir pour la première fois ce festival du cinéma asiatique. La surprise fut tellement agréable que je me promis d’y revenir cette année si les conditions le permettaient.

Comme il m’était impossible de tout voir, je réalisais une petite sélection de film et me préparais à enchaîner les séances.

Cette année fût un peu différente des autres puisqu’un virus dont il n’est plus besoin de prononcer le nom impacta énormément le festival. Un moment je crus même à une annulation pure et simple.

Tel ne fut pas le cas, cependant beaucoup d’artistes internationaux ne pouvant se rendre au Japon, les habituelles mini conférences après film en présence du réalisateur et des acteurs ne purent avoir lieu.

Regrettable car cette proximité est vraiment un point fort du festival, mais la situation justifiait amplement cette décision.

Allons voir ce que nous a réservé la 15 éme édition du festival du film asiatique d’Osaka.

La sélection 2020 du festival :

La sélection m’a tout de suite semblé très différente de l’année dernière. Cela est apparu dès que j’ai eu le programme entre les mains. Pour faire une sélection j’ai parcouru les différents synopsis et cette année, il fût difficile de choisir les films. La sélection était beaucoup plus homogène, laissant moins de place à des films plus “exotiques” dans leur approche ou thématique. Les synopsis semblaient également un poil plus convenus. Certains jours je suis plus allé voir des films par défaut que par pure curiosité. Ce point de vue est bien-sûr purement personnel et n’engage que moi.

Une thématique s’est clairement dégagée de la sélection du festival : La femme dans la société asiatique (babae at baril, lucky chan-sil, wayback home, good-bye, for rei, videophobia,Kamata prelude…). Une bonne surprise. Cette thématique avait déjà été esquissée l’an dernier, elle se concrétise cette année.

Une bonne nouvelle car les sociétés asiatiques peuvent être assez patriarcales. En particulier la société japonaise. Le mouvement me too n’a eu ici que très peu de retentissement. Il ne fut vraiment incarné au plan médiatique qu’avec l’affaire de la journaliste Shiori Ito

On reprochera une sélection un peu convenue et frileuse, tout cela manquait d’un peu d’énergie pour remuer l’ensemble.

Petite revue sélective et subjective :

Tout voir n’étant pas possible,on doit faire certains choix. Une image, un ressenti, une courte description seront vos seules armes. De plus je ne peux absolument pas me fier à mon instinct. Il m’a toujours trahi. Je me trompe très souvent dans l’avant goût que je peux avoir d’un film. Je laisse donc beaucoup de place au hasard dans la sélection. Cette année encore les films qui m’ont le plus surpris ne furent clairement pas ceux sur lesquels je pariais, c’était même plutôt le contraire.

Apart – Hongkong – 2020 – 96min / Director : CHAN Chitman

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Le film est dans son époque et nous plonge dans la révolution dite des parapluies qui eu lieu à Hong-Kong en 2014 et qui trouve ses échos dans les événements qui ont toujours lieu à Hong-Kong.

Nous suivons un groupe d’étudiants faisant de belles études et promis à un futur radieux. Quand le contexte politique se rappelle à eux. Comment être heureux dans un pays qui ne nous garantira pas les libertés auxquelles nous aspirons ? Des choix doivent être faits. Les conséquences sont lourdes.

Le film dans sa première partie est vraiment intéressant, montrant comment les questions politiques touchent toutes les strates de la société, comment cela peut diviser anciens et plus jeunes, riches et moins riches.

Le film évite de tomber dans une glorification exacerbée de l’idéal révolutionnaire et essaye de coller à une espèce de réalité qui nous fait comprendre les déchirements que peut engendrer de tels événements.

Tout cela tient bien la route jusqu’à la deuxième moitié du film qui décide finalement de faire passer les événements au second plan se concentrant alors sur une espèce de triangle amoureux assez bancal. Le mouvement ne constitue plus alors qu’une toile de fond à nos amoureux.

On ne comprend plus vraiment où le réalisateur veut en venir et nous sommes frustrés de ne plus vraiment savoir ce qu’il se passe en arrière plan.

The Odds – India – 2019 – 96 min / Director : Megha RAMASWAMY

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Quelles sont les chances pour que l’élève modèle et beau gosse de l’école s’intéresse à une jeune fille “banale” de son école.

Cette dernière vous répondrait que la chance, ça se force. Que si on ne provoque pas les choses et bien on risque de les attendre longtemps. Et la demoiselle ne semble pas compter la patience parmi ses vertus.

The Odds est un prétexte à une rêverie enfantine dans les rues de Mumbai, c’est la possibilité d’être ailleurs plutôt qu’attablé dans une salle d’examen. C’est la magie, le rêve, l’audace face à une vie quotidienne peut être un peu trop banale.

Le film est imparfait mais respire une belle énergie le tout servi par une bande son vraiment entraînante. On sent la très grosse influence de Wes Anderson sur The Odds. L’influence est tellement forte qu’à certains moment on frise même le plagiat. Les “ressemblances” entre The Odds et “Rushmore” sont parfois un peu trop fortes. Le film reste très bon mais on aurait aimé que la réalisatrice aille plus puiser dans ses rêveries que dans les films des autres.

Looking for a lady with Fangs and a Moustache – Nepal, Mexico – 2019 – 113 min / Director : Khyente NORBU

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Tenzin vit à Katmandu. Toujours tiré à quatre épingles, il ne sort jamais sans son costume, sa coupe de cheveux est impeccable. Il est propre sur lui.

Il détonne beaucoup avec son environnement. Il veut incarner un Népal moderne, occidental. Son projet : ouvrir un café branché pour capter la clientèle occidentale de la capitale.

Tout va dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que Tenzin commence à avoir de drôles de visions. Des visions de sa petite sœur décédée il y a longtemps, des visions d’êtres fantastiques, de déesses.

Aurait il offensé les dieux ? Peut on vraiment s’échapper d’un environnement qui nous a forgé ?

Tenzin dans sa fuite en avant a en quelque sorte précipité sa perte. S’engage une quête étrange à travers les rues de Kathmandu.

Le film pose les questions de la mystique, de la modernité, de la mémoire, du deuil au sens strict comme au sens large.

C’est d’une manière intelligente, souvent drôle et émouvante que le film se raconte. L’histoire se déroule au Népal mais pourrait avoir lieux partout ailleurs. Il concerne tout ceux qui courent sans se poser les questions de cette fuite. Le film nous rappelle que malgré notre endurance, il viendra le temps où nous devrons nous arrêter et voir les choses en face.

Un joli film à la fois agréable visuellement et porteur de sens.

Kamata Prelude – Japan – 2020 – 115 min / Director : Nakagawa Ryutaro, Akiyama Mayu, Yasukawa Yuka, Watanabe Hirobumi.

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Ce film à sketchs dont chacun des 4 segments est réalisé par un réalisateur différent, nous fait le portrait d’une jeune femme essayant de vivre de la profession d’actrice. Ce film incarne parfaitement la sélection de cette année. La place de la femme dans une société d’hommes.

Les segments deux et trois sont particulièrement forts et chacun à leur manière (drame et comédie) illustrent une réalité particulièrement difficile pour les femmes. Leurs places, les souffrances qu’elles subissent sont dans le meilleur des cas minimisées mais le plus souvent parfaitement éludées.

Le segment mettant en scène un réalisateur voulant réaliser un film me too et auditionnant deux actrices jouant une scène de viol décrit parfaitement une société masculine qui ne veut pas regarder là où le bat blesse. La manière dont le réalisateur désapprouve le jeu de son actrice et tente de la “recadrer” est une parfaite mise en abîme de la société japonaise. L’actrice de ce segment (TAKIUCHI Kumi) est juste incroyable. Les segments un et quatre sont un peu en dessous mais cela ne pose pas vraiment de problème.

Le film est venu clore le festival, ce qui était aussi une bonne manière de le mettre en avant. Une bonne surprise.

Babae at Baril (the girl with the gun) – Philipines – 2019 – 80 min / Director Rae Red

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Le meilleur pour la fin. J’allais voir sans rien en attendre. Le pitch ne me disait rien, la photo qui illustrait le film me donnait encore moins envie, et pourtant…

Le personnage est une jeune fille qui n’a pas encore atteint la trentaine. Elle est venue dans la grande ville pour devenir vendeuse et gagner de l’argent pour aider sa famille restée au village.

Elle ne connait pas les codes de ce lieu, ne s’y sent pas à l’aise, elle se fait aussi petite que possible pour passer inaperçue et mener à bien sa mission.

Malheureusement parfois se faire discret finit par attirer l’attention. Beaucoup vont interpréter sa posture comme une posture de faiblesse dont on peut abuser. On abuse de sa gentillesse, de sa pudeur, de son corps de femme. On lui prendra tout ce qu’il y a prendre tant qu’elle n’osera pas s’ériger contre tout cela.

Mais comment faire ? Le hasard la mettra sur le chemin d’un revolver. Elle acquiert d’un coup un pouvoir important, même supérieur à celui de ses oppresseurs. La tentation est grande. Elle se retrouve à son tour dans la position du puissant et du potentiel agresseur.

Tout cela aurait pu tourner au film de vengeance sous fond de guerre des sexes, coup pour coup, œil pour œil. Il évite cette balle et tente de décortiquer la violence. Pas seulement la violence faite aux femmes. Mais la violence générale. Celle qui s’applique aux êtres et qui ne trouve pas de fin. Celle que l’on reproduit parce qu’on la subit nous même. La violence qui trouve son fondement dans notre propre souffrance. Le film est superbe, il est intelligent, mature.

Et que dire de la technique. Le film est parfait. Les plans sont hyper travaillés, le cadrage est incroyable. La lumière du film est aussi parfaite. Certains plans pourraient devenir des photos à eux seuls. Quand on pense qu’il s’agit du premier film de la réalisatrice on est pris de vertige. Rae Red est intelligente et techniquement talentueuse. Ce film fait de ce festival une réussite. Je regrette qu’elle n’ait rien gagné, car elle surpasse sans problème tout ce que j’ai pu voir lors de ce festival.

Palmarès 2020 :

Grand prix : “Happy old year” , Thailand / Réalisateur : Nawapol THAMRONGRATTANARIT

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Prix du meilleur espoir : PARK Sun-joo (réalisateur) pour “Way back home”

Meilleurs acteur : Mase Hidemasa, Japon pour “Kontora”

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ABC TV Award : “Write about love” Philippines / Réalisateur : Crisanto AQUINO

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Yakushi Pearl Award : Leon DAI (acteur), Taiwan pour “Your name engrave herein”

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JAPAN CUTS award : “The murder of Oiso “, Japan Hong-kong, Korea / Réalisateur : MISAWA Takuya

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Housen Short film award : “Hammock”, Japan / Réalisateur : KISHI Kentaro

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Prix du public : “Better days” , Chine, Hong-Kong / réalisateur : Derek TSANG

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Une organisation toujours d’un très bon niveau :

J’en parlais déjà l’année dernière mais il est bon de rappeler ici la qualité de l’organisation du festival. Cette année à du être particulièrement difficile en raison de la crise sanitaire mondiale. Pourtant le staff était présent, réactif et à l’écoute. On sent la passion des membres du festival et cela joue pour beaucoup dans la qualité de ce festival, j’en suis sûr.

Je ne forme qu’un vœu, pouvoir couvrir la version 2021.

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