Acheter et rénover une Machiya à Kyoto.

Vivre à Kyoto. Cela n’a jamais été une préoccupation importante. D’ailleurs il y a quelques années de cela j’ai eu le choix entre les sœurs rivales. Osaka l’impertinente et Kyoto la traditionnelle.

Je n’hésitais pas une seconde et optais pour Osaka qui m’avait d’emblée séduit. J’interrogeais même le choix de mes amis d’aller s’installer à Kyoto.

Alors comment se fait il qu’en quelques années à peine je puisse opérer un tel retournement?

Osaka n’y est pour rien dans cette histoire. Toutes ses promesses elle les a tenues. Une ville magnifique avec une identité propre et des habitants parmi les plus attachants de l’archipel.

La raison est à chercher ailleurs.

En tant que guide, Kyoto occupe une grande partie de mon temps. Au début je n’ai “travaillé” cette ville qu’à des fins professionnelles.

Puis petit à petit sans vraiment que je m’en rende compte la péronnelle à commencé à instiller ses filtres d’amours.

Lorsque je m’en suis rendu compte il était trop tard, Kyoto était dans mon coeur.

Un petit mot sur l’habitat au Japon :

L’habitat moderne au Japon est très particulier (pour ne pas dire dénué d’intérêt). Les maisons ou immeubles sont en plastique assemblés comme des légos. J’imagine que derrière cela se cachent certainement des contraintes techniques liées à l’activité sismique de l’île mais cela n’est pas suffisant à expliquer l’état des lieux.

Il n’y a pas de charme, les matériaux ne sont pas nobles. Ces maisons sont faites pour vivre pendant 40/50 ans au maximum puis sont revendues à vil prix pour être détruites et être remplacées par leurs aînées 2.0 pour un cycle quasi-identique.

Un classique de la maison moderne japonaise.

Face à ce constat l’idée d’acquérir une de ces choses ne m’avait jamais même effleuré l’esprit.

C’était sans compter sur la découverte des machiya qui contrastent en tout point avec ces maisons “modernes”.

Une machiya qu’est ce que c’est :

Un livre complet pourrait être consacré à répondre à cette question. Le mot machiya 町家 est composé de deux kanji : 町 qui signifie la ville et 家 signifiant la maison.

En gros la maison de ville. On trouve aussi cette écriture pour Machiya 町屋. Dans ce cas, seul le 2 ème kanji change même s’il se prononce de la même manière. Ce deuxième Kanji renvoi à la boutique qui occupait souvent une partie du rez de chaussée de ces maisons.

Pour être un peu plus précis, dans le cas de Kyoto on parle de Kyomachiya 京町家, les maisons de ville de Kyoto.

Cette machiya est devenue une blanchisserie.

Ces maisons de ville avaient plusieurs fonctions, qui souvent se confondaient. Elles servaient en effet d’habitation, mais aussi d’atelier, d’entrepôt et enfin d’échoppe.

On retrouvera ces subdivisions à travers la distribution des pièces de la maison.

En termes de matériaux, une machiya est constituée de bois (charpente, structure), de terre (pour les murs), de papier (shoji, fusuma les cloisons coulissantes), de paille (tatami) et de terre cuite pour les tuiles.

C’est justement l’alliance des ces matériaux naturels et travaillés avec soin qui m’ont tout de suite plu lorsque j’ai découvert ces maisons.

A Kyoto elles ont souvent été réhabilitées en restaurant, café ou échoppes. Cela marche très bien et on s’y sent tout de suite à l’aise.

Exemple classique d’une machiya boutique.

C’est d’ailleurs comme ça que je découvris ces maisons. Ces endroits étaient immédiatement chaleureux et agréables. Je ne comprenais pas trop pourquoi au début mais vite il est apparu que c’était l’alliance entre l’agencement des pièces et les matériaux utilisés qui me touchaient à ce point.

Acheter une machiya à Kyoto :

Pendant longtemps je croyais cette idée impossible et la regardais comme un rêve à réaliser un jour.

C’était sans compter sur la discussion que j’eu un jour avec un ami. Alors que je lui montrais plusieurs Machiya dont je parlais avec passion, il évoqua l’idée que j’en achète une moi-même.

Décontenancé tout d’abord, le soir même nous jetions un coup d’œil sur internet.

L’idée avait germé.

A la recherche d’une machiya de rêves :

En fait il y avait beaucoup de choses sur le marché. A tous les prix et dans tous les états. De manière assez classique, les prix variaient en fonction de la situation, de l’état général et de la surface du bien. Rien de neuf de ce côté la.

J’avais une idée très claire de ce que je voulais. Il fallait que l’esprit de la maison soit respecté, donc quelque chose qui ne s’éloigne pas trop du plan d’origine et que les matériaux de base soient respectés. Après quelque visites, on se rend vite compte que les rénovations qu’avaient subies la plupart des machiya n’étaient pas satisfaisantes : souvent faites aux moindres frais mais surtout sans comprendre comment étaient faites ces maisons.

Ces maisons possèdent normalement toute un petit jardin en arrière court (tsubo niwa). Ce jardin a plusieurs fonctions allant du pratique au quasi-philosophique. Et bien la plupart des maisons visitées avaient été amputées de ce dernier pour agrandir une pièce. Cela peut sembler anodin n’est-ce pas ? Surtout lorsque ledit jardin ne fait que quelques mètres carrés. Et pourtant les maisons perdaient alors beaucoup de ce qui les rendaient uniques.

Exemple d’un jardin japonais attenant à la maison.

Je compris avec plus de force encore que derrière cette architecture apparemment simple se cachait beaucoup de réflexion et que le moindre changement pouvait modifier considérablement l’équilibre qui avait été établi.

Les rénovations étant rarement faites dans l’esprit de la maison, je comprenais qu’il allait falloir se tourner vers les vieilles maisons, souvent dans un état assez précaire.

Au moins le prix serait plus bas et nous pourrions faire quelque chose de correct.

La perle rare :

Après trois mois de visites intensives, j’avais presque vu tous les biens sur le marché qui pouvaient m’intéresser.

J’avais quelque maisons en vues mais souvent hors de portée pour des raisons de budget.

Je devais aller voir une petite Machiya centenaire dans le quartier de Nijo.

Située non loin du fameux château Nijo, dans une petite ruelle loin du bruit des grandes avenues elle avait tout pour séduire. On m’avait prévenu: il y avait du travail.

La perle rare .

En effet lorsque je passais la porte on peut dire qu’il ne restait plus que les murs et le toit. Les planchers avaient disparus, les tatamis aussi, L’étage était également dépourvu de plancher. Plus de cuisine, les sanitaires étaient aussi quasi absents.

Par contre les volumes étaient là, la structure était belle et respectait ce qui fait le charme de ces maisons. Cerise sur le gâteau, il y avait un petit jardin (tsubo niwa) de quelques mètres carrés.

La maison à partir de l’entrée.

Les machiya sont souvent sombres mais celle-ci sans être ultra lumineuse profitait d’une exposition sud et d’une lumière vraiment bonne dans le cas de ces maisons.

J’étais conquis.

Le projet de rénovation :

Il faut tout de suite préciser quelque chose. En matière d’activité manuelle et technique je ne suis vraiment pas doué. J’aimerais mais ce n’est vraiment pas un point fort. Malgré un petit budget il était nécessaire de recourir à des professionnels. Surtout qu’au Japon beaucoup de normes et de façons de faire sont différentes.

Dans l’avant projet beaucoup de personnes ont eu la gentillesses de nous épauler et de donner de leur temps. Une architecte d’intérieur japonaise nous a notamment beaucoup aidé même en amont du projet. Elle réalisera ensuite le design de la maison.

La cuisine.

Deux axes étaient importants : respecter le caractère de la machiya, et privilégier la lumière au maximum.

Nous avons donc commencé en tandem à travailler sur le design intérieur en sachant que l’extérieur serait rénové sans en changer la substance.

Plusieurs projets ont émergés et ont donné lieu à beaucoup de discussions.

Nous sommes parvenus à un compromis entre design, et budget.

Les travaux :

Au moment où j’écris ces lignes le chantier est sur le point de commencer. Au Japon il est de bon ton d’aller se présenter aux voisins lorsque l’on emménage. Ce n’est pas encore le cas mais comme il va y avoir des travaux qui causeront peut être quelques nuisances sonores, nous avons fait le tour des voisins pour se présenter, s’excuser à l’avance pour les désagréments et offrir un petit cadeau à chacun.

Sans planchers les volumes sont tout de suites plus impressionnants…

La fin des travaux est prévue pour la fin de l’année. Je vais documenter cette partie avec beaucoup d’intérêt et préparerai un article avant/après une fois la maison terminée.

Les travaux comportent toujours des aléas, nous allons donc croiser les doigts pour que tout se passe bien.

Il y a un modeste espace de nature qui sera retravailler plus tard.

En ce qui concerne le nerf de la guerre :

Cette partie pourrait être un article entier je vais tenter de synthétiser. Je l’ai aussi mis en fin d’article car peut être moins captivant.

Acheter au japon est possible même pour un étranger.

Emprunter de l’argent au Japon est compliqué lorsqu’on est un étranger, ça l’est encore plus quand on n’a pas le visa permanent, et ça touche à l’impossible quand on est freelance.

J’ai donc essayé de me financer en France mais mon expatriation et mon statut de freelance s’est retourné à nouveau contre moi. Autant vous dire qu’il ne faut pas attendre d’aide des banques à moins que vous ne travailliez avec un contrat d’expat dans un grosse entreprise et que votre rémunération soit importante.

L’adage selon lequel on ne prête qu’au riche est parfaitement valide.

Heureusement j’avais pas mal économisé ces dernières années, mes parents m’ont un peu aidé et ma compagne japonaise à pu obtenir un petit prêt à son nom uniquement.

Il ne faut pas prendre ce paragraphe au pied de la lettre il ne reflète que mon expérience à un temps T. Si vous avez un projet similaire n’hésitez pas à démarcher à chercher à demander. Dans ces cas là il faut parfois tenter d’enfoncer les portes. Courage à vous. Si je peux vous aider n’hésitez pas à poser des questions en commentaire.

Un petit tour vidéo de la maison.

14 thoughts on “Acheter et rénover une Machiya à Kyoto.

  1. Bonjour,
    Merci pour le partage ! C’est très intéressant !!! J’aimerais bcp visiter votre Machiya. J’ai essayé de regarder le volume global et je trouve que c’est assez sombre, comme bcp de maison traditionnelle japonaise. Avez-vous prévu de faire sauter un plafond ou deux, afin de libérer un peu de hauteur ? Si vous faites une chambre d’hôtes je suis preneuse !!!! Ma famille et moi sommes arrivés en septembre en 2019. Et nous adorons vraiment le Japon. C’est un pays incroyable à tout point de vue ! Pourvue que cela reste comme ça !! Je vous souhaite bon courage avec les travaux et surtout, surtout je prie pour que votre activité de guide reprenne vite…
    Bien cordialement,
    Thara

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    1. Bonjour,
      Merci pour votre message.
      La maison n’est en effet pas très grande. 50 m² environ.
      La hauteur sous plafond ne sera pas vraiment un problème puisque une pièce mise à part elles seront toutes en Tatami ce qui implique l’absence de chaise. Lorsque l’on s’assoit au sol l’espace vous semble tout de suite beaucoup plus grand. Nous allons donc garder cet esprit.
      Au niveau de la lumière. Les machiya étaient naturellement sombres notamment pour garder la fraîcheur durant les étés chauds et humides que connait le japon. Nous allons travailler ces points ci en augmentant au maximum la surface des fenêtres, créer d’autres ouvertures pour amener des puits de lumières.
      Mais malgré tout cette maison sera toujours en dessous des standards européens concernant la lumière.
      Si vous êtes de passage au Japon n’hésitez pas à me le dire.
      Bonne continuation et merci pour ces gentils mots.

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  2. Bonjour.
    Je vous invite à aller faire un tour sur le blog d’un ami au Japon..
    Voir le lien, ci-dessous:
    https://inaca.me/
    A la campagne au Japon.
    Bonne journée à vous, et sinon fin de journée, comme soirée ou fin de soirée, un très bon weekend, respectueusement..Denis.

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  3. Je découvre par hasard votre projet via Facebook, et j’ai désormais hâte de voir la suite !
    Concernant le financement, j’ai cru comprendre que vous êtes freelance au Japon ? Puis-je vous demander sous quel visa y résidez-vous ?

    Bon courage pour les travaux et très belle continuation 🙂

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    1. Merci pour le message.
      Il y aura une autre partie pour montrer comment cela avance.
      Au niveau du visa au début c’était un visa travail puis c’est devenu un spouse visa.

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  4. Quel beau projet de vouloir redonner vie à une machiya en respectant ses matériaux et ses codes ! Bon courage pour les travaux et hâte de voir le résultat final.

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    1. Merci beaucoup pour le message.
      Ces maisons et de manière plus générale l’artisanat japonais me passionne. Ce que l’on ne voit pas non plus mais j’essaierai dans parler dans un autre article, c’est toutes les personnes derrières. J’ai eu la chance de rencontrer des japonais également passionnés par tout cela. Ils m’apprennent tellement. Il y a une belle équipe avec ce projet.

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      1. Oui j’imagine qu’il y a des passionnés pour perpétrer ces anciennes techniques, ça doit être très enrichissant !

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  5. Bonjour.
    Alors, sans vexation aucune, avez vous été faire un tour sur le blog de mon ami au Japon, je veux dire Mr. “Wakame Tamago”..inaca.me ?
    Il est une personne digne de ce nom, à plus d’un point, honnête et honorable, et pas que; et de plus, une source d’inspiration pour beaucoup de gens, qu’on se le dise..
    Voir les liens ci-dessous:
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2559920901
    Le long de la maison
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2319253109
    Flash back (2)
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2315423885
    Flash back (1)
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2585274588
    Un projet terminé: la maison de Mme; M..
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2234156569
    Refaire le plancher (3) et deux autres découvertes..
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2217442605
    Refaire le plancher (2)
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2216673308
    Refaire le plancher (1)
    https://wordpress.com/read/feeds/7195103/posts/2192338702
    Sous les tatamis..
    Je vous mets cela à titre d’exemple.
    Car, pour mieux comprendre cette personne, il faudrait parcourir son blog en entier, depuis le début, en 2012, après avoir quitté Tokyo (pour fuir la radioactivité..suite à l’incident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi..), et acheté cette ancienne maison (petite ferme d’avant..), dans un hameau, au-dessus d’un village, et en haut d’une vallée étroite qui serpente en remontant, au nord de Himeji..
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Himeji
    Himeji..
    Bonne fin de journée à vous, et sinon bonne soirée ou fin de soirée, à plus..Denis.

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    1. oui je suis allé voir le blog qui est passionnant et fourmille d’histoires intéressantes.

      une vrai mine d’informations.

      Je ne désespère pas de le rencontrer un jour.

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      1. Bonjour.
        Pour ce qui est de le rencontrer un jour..pas de problème, dans ce sens, je pense..
        Par contre, prévenez-le quelque peu avant, pour éviter la surprise au moment de la rencontre, et par rapport à ses déplacements, même si pas permanents.
        Bonne journée à vous ou fin de journée, une bonne soirée et sinon fin de soirée..Denis.

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  6. Un beau projet, je suis curieuse de voir l’avancée des travaux. Les machiya ont beaucoup de charme, je suis contente que grace à vous celle-ci ne disparaitra pas.

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