Goshuin. Un souvenir original du Japon.

Il y a des choses que l’on veut faire depuis longtemps mais on les repousse sans cesse. En général il s’agit de réalité à portée de main. On les sait proches, à notre merci. Du coup on prend son temps.

Finalement rien ne dure et ce sont ces expériences que l’on croyait acquises que l’on ne réalise jamais. Une trompeuse proximité en somme.

Mais tout ça n’est du qu’à notre arrogance, à cette fallacieuse sensation d’éternité.

C’est un peu le cas des Goshuin. Je les côtoie tous les jours, je trouve ça magnifique, intéressant et chaque jour j’observe les files de pélerins les réaliser en me disant : “il faudrait que je m’y mette”.

J’ai repoussé cette idée si longtemps en ne justifiant ce comportement que par un “j’aurai tout le temps de le faire plus tard”.

La semaine dernière me surprenant encore avec cette même réflexion infondée, j’ai senti une subite rébellion interne qui m’a poussée à briser cette léthargie. La ronde des goshuin pouvait enfin commencer.

Vous avez dit Goshuin ?

Vous admettrez que cette intro a su agiter la curiosité naturelle qui somnole en vous.

Le goshuin est lié à la visite des temples boudhistes et des sanctuaires shinto.

Le mot peut être décomposé ainsi :

(go) : qui est un préfixe honorifique. Il est donné aux choses importantes. On pourrait donc simplement l’appeler Shuin.

(shu) : Cela fait référence à la couleur rouge, vermillon ou écarlate qui compose notamment le tampon.

(in) : signifie le tampon, le sceau, l’emblème. On retrouve ce kanji dans 印鑑 (Inkan) le fameux tampon qui sert de signature aux japonais.

Cela nous donne donc le respecté tampon rouge.

Ce sceau on le trouvera dans les temples boudhistes et sanctuaires shinto. C’est un moyen qui permet au visiteur de garder une trasse de son passage (pélerinage) dans les lieux. Un peu comme le carnet dont se munissent les pélerins sur le chemin de compostelle.

crédential compostelle

Crédential utilisé pendant compostel.

S’il y a souvent de un à trois tampons ce n’est pas tout. Le Goshuin sera également composé d’une calligraphie représentant le nom du lieu visité. Cela sera souvent réalisé directement sous vos yeux ébahis.

Les origines de cette pratique sont assez incertaines. Il semblerait cependant que cela correspondait en fait à une sorte de reçu qui était émis en contre-partie d’une offrande faite par les pélerins. Cette offrande étant souvent constituée par des textes sacrés recopiés (soutras) donnés au temple ou sanctuaire.

Recopier des soutras était considéré comme un acte de piété et une pratique de dévotion. L‘exercice alliant plusieurs mérites tels que la vénération, la littérature, et la calligraphie.

Il existe apparement des temples où le Goshuin ne serait délivré qu’en échange d’une telle pratique.

Maintenant il suffit d’acquiter une somme modique (entre 300 et 1000 yens).

Un Magnifique souvenir de voyage :

Même sans inclure de dimension spirituelle le Goshuin est quelque chose de vraiment magnifique. Il peut constituer un souvenir original et authentique de votre voyage. Et quelque chose me dit que votre périple finira à coup sûr par vous amener dans un temple ou un sanctuaire.

Ce qui est bien c’est que l’on peut s’en servir indiféremment dans un sanctuaire shintoiste ou dans un temple boudhiste. Il suit votre parcours.

Le livre spécial sur lequel il est réalisé dispose de feuilles organisées en accordéon, cela permettra donc à la fin de le déplier complètement et de pouvoir l’exposer, voire même de l’encadrer.

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin déplié

le livre déplié.

Souvenez-vous cependant que l’objet est sacré. J’ai remarqué que beaucoup de voyageurs se servent aussi de ce livre comme un carnet de voyage en y ajoutant d’autres tampons plus profanes (comme ceux que l’on peut trouver dans les gares) ou complétant certaines pages avec textes et dessins.

Les japonais ne vous le reprocheront jamais directement mais cela peut être assez troublant pour eux. J’en ai vu beaucoup prendre un air interdit en tournant les pages.

Je vous déconseille donc la pratique par respect. Si vous voulez quand même faire de la sorte sachez que souvent il est possible d’acheter le goshuin sur une feuille volante que l’on est censé coller par la suite (si l’on oublie son recueil par exemple).

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin feuille simple

Goshuin sur une feuille volante.

N’hésitez pas à l’acheter sous cette forme si vous voulez réaliser un carnet personnalisé comme ça personne ne sera lésé dans la démarche.

S’équiper et suivre la voie du pèlerin :

Si l’idée vous intéresse voici un petit guide personnalisé qui vous aidera à débuter dans votre démarche.

Le livre :

En premier il vous faut le support aux Goshuin. Le livre se nomme 御朱印帳 Goshuin-cho. La plupart des temples ou sanctuaires les vendent. Mais ne vous précipitez pas car ils peuvent être personnalisés en fonction du lieu visité. Un dragon sur celui du Kenninji, des renards pour le sanctuaire d’Inari, ou un phoenix pour le Byodo-in

lires byodoin

Les livres proposés par le Byodo-in.

L’idée c’est quand même de l’acheter lors de vos premières visites au risque d’en manquer quelques uns et peut être de devoir retourner sur vos pas.

Le livre coûte entre 800 et 2000 yens. Cela dépendra des temples et des modèles présentés.

Les Goshuin :

Pour les trouver c’est souvent assez facile car il suffit d’observer les gens. Souvent une ligne se crée et l’on peut apercevoir des personnes dans une file munis de leur livre attendant tranquillement.

Si toutefois vous ne parvenez pas à les localiser, vous pouvez demander poliment à une personne travaillant dans le temple ou le sanctuaire.

– Trouver/demander un Goshuin :

Voici une phrase que vous pouvez utiliser : Konnichiwa, sumimasen, Goshuin wa doko desuka. (bonjour, excusez moi, ou est le goshuin).

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin demande

Demander son Goshuin.

Une fois arrivé devant la personne réalisant le goshuin vous pouvez tendre votre livre ouvert à la page désirée avec un petit mot de politesse : Goshuin onegaïshimasu. (un goshuin s’il vous plait). Un petit arigato gozaimasu à la réception du document fera toujours plaisir.

 

Parfois les temples ne disposent pas de personnes qualifiées pour réaliser la caligraphie. Aussi sont-ils conçus à l’avance et vendus sous la forme d’une feuille détachée que vous devrez par la suite coller dans votre livre.

laurent ibanez derrierre la colline fushimi inari

Un professeur expliquant les Goshuin à ses élèves.

Le prix du goshuin peut grandement varier d’un endroit à l’autre (entre 300 et 1000 yens) mais dans la très grande majorité des cas la somme demandée s’élève à 300 yens.

Un même temple peut parfois avoir plusieurs forme de Goshuin qu’on vous demandera soit de choisir ou qui variera en fonction du calligraphe. Il est souvent représenté à l’endroit où vous aller le demander.

Tous les temples n’en disposent pas forcément, mais le Japon compte assez de lieux sacrés pour noircir un certain nombre de carnets.

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin calligraphie

– Précaution pluie : La pluie peut parfois s’abatre sur vous de manière assez brutale au Japon. Vous l’aurez compris encre et eau ne sont pas toujours les meilleurs amis. Pensez donc à vous munir d’une petite pochette plastique afin de protéger le fameux document.

– Faire sa demande à l’avance : en fonction de la réputation du lieu il se peut que beaucoup de mondes fasse la queue en même temps. Certains temple proposent que vous laissiez votre livre chez le calligraphe et que vous reveniez le récupérer après votre visite. Repérez donc l’endroit à l’avance pour être fixé. Par exemple cela se passe comme ça au Kenninji et au pavillon d’argent à Kyoto.

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin seche cheveux

Faire sécher l’encre plus rapidement. Pour les pressés.

D’autres formes de Goshuin :

Il existe des versions un peu différentes souvent propres à des pélerinages particuliers. Je pense notamment au pèlerinage des 88 temples de shikoku qui permet aussi de collecter les 88 sceaux sur un document particulier que l’on nomme le Nôkyô-chô.

J’ai pu le voir complété une fois il est de toute beauté.

Il y a également le pélerinage Saigoku Kannon dans le Kansai qui regroupe un ensemble de 33 temples dédiés à Kannon.

laurent ibanez derrierre la colline Goshuin couverture

Je suis sûr qu’il existe une multitude de pélerinages possédant leurs propres tampons et carnets. D’ailleurs n’hésitez pas à partager vos découvertes et plus jolis Goshuin en commentaire.

Une dernière petite chose, la pratique peut vite devenir hautement addictive ! J’ai quelques amis qui sont devenus complètement obsédés par la chose, qui font des journées complètes de voyages à travers le pays juste pour avoir un Goshuin rare ou extravagant par sa forme ou sa couleur.

Vous voilà prévenus.

12 thoughts on “Goshuin. Un souvenir original du Japon.

  1. Il faut dire qu’on t’a un peu “débloqué” avec Tiphanie il y a deux semaines à Kyoto pour que tu t’y mettes!
    Sache que malgré mon mode collectionneur de goshuin enclenché, je n’ai pas réussi à avoir les 7 derniers lors de notre journée à la Osaka, alias la “Marseille du Japon” (il m’en manquait 4 sur les 30 possibles).

    A noter que certains Goshuins sont reliés et s’ouvrent comme des livres (ne se déplient donc pas en accordéon) : bien faire attention car l’effet au final n’est pas le même.

    Et je confirme que c’est un souvenir vraiment unique à ramener chez soi.

    PS : Bon courage pour tes visites d’été Laurent

    Liked by 2 people

    1. Salut MArc !
      Je voulais en effet vous dédier l’article. Car il est vrai que vous êtes le vrai déclencheur de la pratique !
      Merci à vous deux pour cette superbe journée.
      Bonne continuation.

      Like

  2. Bonjour, votre article est intéressant. Cependant, j’ai eu l’occasion de lire des versions japonaises et il n’est pas bien vu de mélanger les goshuin shinto et boudhistes. Il est préférable d’avoir un carnet pour chaque type (un boudhiste et un shintoïste).
    Sinon il ne faut pas oublier qu’avant d’être “une collection de tampons souvenir du Japon” c’est quelque chose de sacré et qu’il est normalement nécessaire de faire une prière avant d’obtenir le goshuin^^

    Liked by 1 person

    1. Dans l’article j’évoque en effet ce coté sacré.
      Cependant je n’ai jamais vu mes amis japonais posséder deux manuels différents. Mais j’imagine que les ^lus traditionalistes respectent cette différence.

      Like

  3. Bonjour,

    Ce n’est seulement que le troisième article que je lis sur votre blog (aprés le diable du temple Senkoji et le quartier coréen d’Osaka) et je tenais à vous dire que j’ai rarement pris autant de plaisir à lire des articles. Votre plume est fluide, cool et sans emphase. Merci aussi pour les articles aussi précis sur Osaka et ses petits quartiers hors des sentiers battus, choses qui manquent grandement sur les autres blogs français qui ne parle que de Namba ou Dotonburi. Je prépare actuellement mon voyage de 2 semaines au Japon et il prend une nouvelle dimension grace à quelques uns de vos articles. Merci et au plaisir de vous lire encore longtemps.

    Liked by 1 person

    1. Merci pour votre message. Chaque article me prend beaucoup de temps pour définir un axe intéressant voir original. En tout cas je suis content que ces articles puissent vous donner envie de revenir au japon et vous aide dans la préparation du voyage.

      Like

  4. Très intéressant ! Je rentre du Japon et j’ai collecté des goshuin dans un joli carnet perso et, effectivement, c’est tellement plus esthétique si on peut les déplier grâce à un goshuin-sho…

    Liked by 1 person

  5. De retour pour la 1ère fois du japon (et certainement pas la dernière) j’ai eu le plaisir de ramener mon 1er carnet plein de Goshuins (en plus des cachets des lieux & gares sur carnet séparé évidemment). pour moi, le plus beau des souvenirs du pays. Certainement une résurgence de ma passion d’enfance : la philatélie ! J’envisage plus tard les pélerinages, et là je pense que ce sera magnifique !

    Like

    1. Les Goshuin sont vraiment quelque chose à part qui suit votre périple. Si cela vous tente il y a le pèlerinage des 88 temples sur Shikoku.
      Je vous souhaite de revenir au Japon !

      Like

      1. Le pélerinage des 88 temples est effectivement prévu ces prochaines années. Pour le futur “proche”, retour en novembre 2020, puis février 2021 pour l’île d’Hokkaido. Ensuite ce sera sans doute le pélerinage.

        Liked by 1 person

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s