Croiser le diable à Osaka

Au début tout cela n’était que rumeurs. On m’avait parlé à plusieurs reprises que dans le sud est d’Osaka siégeait apparemment le seigneur des enfers. A ce moment là, m’assurait-on, il était préférable que mon âme soit aussi irréprochable que possible sous peine de subir la condamnation du souverain des tréfonds.

Ce n’est pas tant l’idée d’être fixé sur mon sort que la curiosité qui me poussa à m’aventurer en ces terres propices à la repentance.

Cette quête me menait alors en plein milieu du quartier d’Hirano à Osaka. Contre toute attente, l’endroit était paisible, et le temps semblait ici avoir suspendu sa course.

Après quelques minutes très agréables à errer dans les ruelles du quartier, les portes du Senkoji apparaissaient enfin.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable entrée temple

Une entrée bien classique au Japon.

Abandonne tout espoir toi qui entres ici :

A l’entrée nous sommes accueillis par un démon qui nous annonce que si nous mentons en ces lieux, notre langue sera arrachée.

La pancarte est visuellement très parlante et il n’est pas nécessaire de parler japonais pour saisir la portée du message. Me voilà prévenu.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable panneau demon

On voit clairement le démon tenir avec sa pince votre langue formée par le kanji.

Avant de se présenter devant le juge des enfers, il est préférable de se purifier. (sûr de l’âme sans tâche qui m’anime je néglige évidemment cette étape).

Le temple ressemble à beaucoup d’autres mais avec toutes ces représentations de démons, impossible d’ignorer ce à quoi le lieu nous destine.

De l’extérieur le jigokudo (le hall des enfers) nous semble tout petit et par ce soleil printanier bien peu effrayant. Cependant une fois le pas de la porte passé, la lumière n’est plus tout à fait à son aise et semble nous céder le pas.

L’obscurité règne et seule des lueurs rougeoyantes nous permettent de distinguer les visages de ces effrayants habitants.

Rencontre avec le juge des tréfonds :

Je suis face à Enma le roi des enfers japonais. Son regard perçant ne trahit aucune émotion. Il commence l’inspection assidue d’une âme que j’espère alors sans tâche.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable enma

Ici c’est lui le patron et il n’a pas l’air de bonne humeur.

Enma n’est pas seul. Sur sa droite se tiennent les dix juges qu’il préside. A sa gauche un démon armé d’une tenaille servant certainement à extirper la vérité (ou la langue des menteurs) semble s’activer avec une vigueur irréelle. Une femme fantomatique abritant dans ses entrailles un bouddha occupe aussi les lieux. Devant elle, de pauvres âmes damnées se prosternent.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable démons

Un tableau charmant qui ne donne pas vraiment envie de s’éterniser dans les lieux.

Une fois habitué à l’obscurité, je remarque qu’en dessous d’Enma se situe un gong et son bâton. Je m’en saisis et fait retentir l’instrument. A ce moment un miroir que je n’avais jusqu’alors pas remarqué s’anime et un rire démoniaque résonne dans le hall tout entier. On nous raconte l’histoire d’une âme malheureuse ayant fini en enfer. Un avertissement sans doute pour les moins vertueux d’entre nous.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable gong

Le diable est dans les détails :

L’endroit est assez incroyable. L’étroitesse et l’obscurité du lieu agissent directement sur le sentiment de malaise que l’on ressent face à notre juge. Une fois que l’on s’est habitué aux figures principales qui hantent les lieux, on découvre alors de nombreux détails dans les peintures qui recouvrent les murs. Des flammes incrustées ça et là, des phœnix renaissant de leurs cendres, des figures bouddhistes ainsi que des cieux d’où perce une lumière absente.

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détails du hall des enfers.

L’endroit remplit parfaitement son office et lorsqu’on ressort à l’air libre on a vraiment l’impression d’avoir fait un voyage dans un autre monde.

Âme souillée s’abstenir.

Entendre le bruit de l’enfer :

Si vous avez toujours voulu connaître la douce mélopée qui peut se jouer en enfer, il est apparemment possible d’en avoir un exemple au Senkoji.

A la sortie du hall des enfers, on trouve une étonnante pierre percée d’un trou assez grand pour accueillir une tête humaine.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable son des enfers

un bon dessein vaut toutes les explications.

Et bien si vous y plongez la vôtre, il est possible parait-il d’entendre le son des enfers. Ce que j’y ai entendu demeure entre Enma et moi bien entendu. La position à prendre pour mettre sa tête dans le trou est assez ridicule, je l’ai immédiatement rebaptisée la pierre de l’autruche. (vous comprendrez).

Après l’enfer, le paradis :

Une fois l’épreuve infernale passée, et qu’Enma à jugé votre âme convenable, il devient possible de suivre la voix du paradis. Direction le Hotoke no kuni (le pays du bouddha).

Étonnamment il faut descendre dans une crypte tout aussi sombre que le hall des enfers. La pièce abrite en son centre un Mandala lumineux sur lequel il est possible de méditer. Contre les murs 151 statues de bouddha nous contemplent.

laurent ibanez derriere la collinesenkoji osaka diable mandala

Il est possible de méditer au centre du Mandala.

L’endroit est également agrémenté d’un bassin dans lequel un goutte à goutte rythme votre méditation.

Après l’épreuve démoniaque, l’endroit semble apaisant et la fraîcheur qui l’habite contraste évidemment avec la chaleur des enfers.

Un temple aux multiples visages :

Si l’on prend le temps de s’y attarder, le Senkoji est encore plus riche et ne s’arrête pas à la dichotomie enfer, paradis. L’endroit aurait été fondé il y a 1400 ans. La dernière reconstruction du bâtiment principal (Hondo) date de 1661, ce qui en fait un des plus vieux d’Osaka.

laurent ibanez derriere la collinesenkoji osaka diable temple principal

le temple principal reconstruit en 1661.

L’endroit abrite plein d’autres curiosités sans rapports évidents entre elles.

Reconstitution d’un Dagashi-ya-san (le magasin de jouets et bonbons tenu par une famille dans les années 50). C’est vraiment touchant de pouvoir entrer dans ce bâtiment. On retrouve les jouets de l’époque. Plein d’accessoires sont présents comme une vieille machine à laver ou un vieux poste de télé.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable musée magazin

ce petit musée vous ramène en plein dans les années 50.

L’intérieur d’une maison des années 50 est également reconstitué.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable reconstitution maison ancienne

Le Temple agit aussi comme un lieu de mémoire collective pour le quartier.

On trouvera aussi dans le temple Le Wan-Nyan-Do qui est un cimetière pour chien et chat ou l’on peut placer les restes de ses animaux (urnes) pour qu’ils reposent en paix.

Un endroit assez fréquenté :

J’y suis allé un matin en pleine semaine et j’étais étonné d’y voir autant de personnes. Il s’agissait de gens du quartier. Pas mal de personnes âgées mais aussi beaucoup de mamans qui “traînaient” leurs enfants vers le hall des enfers.

J’ai d’ailleurs pu voir un enfant rester bouche bée devant la vidéo expliquant le sort réservé à ceux qui font le mal sur terre. Quelque chose me dit qu’il va se tenir à carreau pour les quelques jours à venir.

laurent ibanez derriere la colline senkoji osaka diable mere et fils

la mère semblait aussi impressionnée que le fils.

Des classes semblaient aussi passer par le temple autant attirées par Enma que par les divers mini musées qu’abrite le lieu.

Un quartier qui mérite qu’on s’y attarde :

En allant au temple j’ai traversé le quartier d’Hirano qui à l’air vraiment intéressant. Beaucoup de temples et de maisons traditionnelles. On sent que l’endroit abrite une culture populaire très forte. Cela fait un nouvel endroit à explorer et je suis sûr que j’y consacrerai un article complet très prochainement.

11 thoughts on “Croiser le diable à Osaka

  1. Ouiiii le Senkoji ! Je ne me rappelle plus comment on a fait pour tomber dessus l’année dernière mais c’était vraiment cool et insolite comme visite. Par contre il n’y avait personne, à part une chaine de télé^^ Très bon article encore une fois et superbes photos !

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      1. cette ville est très injustement sous-estimée alors qu’elle est au contraire pleine de choses super intéressantes. D’où le nombre d’articles important que je lui consacre.

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  2. Merci Laurent de ce superbe article plein d’humour . Je ne sais pas si votre âme est sans tâche mais votre talent de conteur et de photographe est indéniable.Amicalement

    Liked by 2 people

    1. merci pour votre message.
      je prends beaucoup de plaisir à parler de la culture japonaise dans chaque article et je suis content de pouvoir partager cela avec vous. Une prolongation du voyage en quelque sorte.

      Liked by 1 person

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