Le temple aux 1200 statues de pierre.

Arashiyama est un lieu bien connu des amoureux de Kyoto. On y trouve en effet un certain nombre de hauts lieux tels que la fameuse bambouseraie, le picturesque pont Togetsu-gyo ou le très prisé Temple Tenryu.

Le problème c’est que l’endroit est vraiment victime de son succès. Il est par exemple difficile d’apprécier les beautés de la bambouseraie tant la foule y est importante. Tout n’est plus que bruit, et empressement et les perches à selfie finissent vite par voler la vedette aux bambous eux mêmes.

Cependant si l’on prend soin de s’éloigner un peu on se rend vite compte que la zone est beaucoup plus grande qu’il n’y paraît et recèle de lieux magnifiques épargnés par les foules.

Allons y faire un tour.

Sortir des sentiers battus :

Pour trouver ce temple il va falloir en effet abandonner la rumeur assourdissante de la foule et marcher un peu.

La balade prend à peu près 40 minutes à pied mais elle est à ce point parsemée d’incroyables endroits (potiers, temples zen, de mousse …) que c’est un après-midi complet qui vous sera nécessaire si vous voulez un tant soit peu étancher votre curiosité.

Au terme de ce chemin, le temple Otagi nenbutsu ponctuera ce périple de la plus belle manière.

Le temple Otagi Nenbutsu :

Ce temple fondé vers la fin du 8ème siècle était à l’origine situé à l’est de Kyoto. Il sera déplacé plusieurs fois essuyant crues, guerres et typhons.

En 1922 il trouve enfin son enplacement actuel. L’endroit subit en 1950 d’importants dégats suite au passage d’un typhon.

La chance finit tout de même par tourner en 1955, avec l’arrivée du nouveau prêtre nommé Kocho Nishimura.

Kocho Nishimura est également un artiste dont la spécialité est la sculpture. Cette compétence va lui inspirer une idée qui donnera tout ce qui fait la particularité de ce temple.

En effet il propose aux visiteurs du lieu de sculpter eux même leur statue de Rakan et de les y exposer. Le travail sera bien-sûr encadré par Kocho Nishimura mais chacun pourra exprimer sa vision de son Rakan.

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji couverture

Le temple compte 1200 statues.

 

Un Rakan est en général (il y a beaucoup de définitions) un disciple de bouddha qui achève sa quête vers l’illumination. Dans certains cas il l’a atteinte dans d’autre il est au stade qui la précède. Les définitions sont nombreuses et assez confuses pour l’amateur que je suis.

Le travail de sculpture durera une dizaine d’année entre 1981 et 1991.

Partager sa vision du bouddhisme :

Ce qui est original dans la démarche, c’est que les participants étaient libres d’exprimer leur vision. Le résultat est très hétéroclite mais en général très joyeux et surprenant. Aucune statue ne se ressemble et on se prend vite à chercher les plus étranges mais surtout les plus drôles.

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji masque

Il y a beaucoup de malice et de drôlerie qui se dégagent de l’endroit.

On trouvera par exemple un Rakan qui joue au tennis, d’autres qui se servent du saké, un faisant le poirier etc .

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji tennis

Avec plus de 1200 statues dispersées dans le lieux on prend beaucoup de temps à chercher celui qui par son attitude nous semble le plus proche. C’est une belle façon de nous montrer que les voies vers l’illuminations peuvent être nombreuses, variées et pas seulement emprunte d’ascétisme.

L’endroit est vraiment rafraîchissant.

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji sake

In saké veritas.

Une culture vivante :

Lorsqu’on évoque le Japon on a souvent l’impression que la culture ou la tradition du pays est assez stricte comme “ancrée” dans le passé. En fait si la culture peut être très codifiée, on sent en même temps que tout cela est toujours en mouvement, en évolution.

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji moai

D’autres cultures s’invitent même dans le temple.

Je pense notamment aux fameux dragons du Kenninji à Kyoto qui ont été peints et installés seulement en 2002.

Ici c’est encore plus évident puisqu’on laisse la possibilité au visiteur de s’exprimer et de devenir une partie intégrante du temple et c’est ce qui fait toute l’originalité de l’endroit.

Si vous passez par Arashiyama, fuyez les foules et n’hésitez pas à allez vous perdre dans les allées du temple Otagi Nenbutsu peut être y trouverez vous un sosie vous attendant avec malice.

laurent ibanez derriere la colline otagi nenbutsu ji poirier

Ne pas faire comme les autres.

Advertisements

2 thoughts on “Le temple aux 1200 statues de pierre.

  1. Merci pour cet article ma foi très instructif. C’est amusant de se dire que ces statues représentent plusieurs personnalités différentes, et qu’il y en a peut-être une qui nous correspond… Peut-être a-t-on un sentiment étrange quand on tombe nez à nez avec un sosie de ce genre, comme si le sculpteur savait qu’on viendrait…

    Liked by 1 person

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s