Ozé. A la poursuite du chemin doré.

“Dorothé vivait au milieu des vastes plaines du Kansas avec son oncle Henri – qui était fermier – et sa tante Em, la femme de ce fermier. Leur maison était petite, car le bois indispensable à sa construction manquait dans la région et devait être acheminée de très loin par chariot.”

Il arrive que ce soit à la maison que nous soyons le plus perdu. Il devient parfois nécessaire de s’égarer pour finalement retrouver le fil que nous avions laissé échapper au détour d’un chemin plus tumultueux que les autres.
C’est au comble d’une de ces tempêtes que j’entendis parler d’Ozé. “Suit la route au nord de Tokyo pendant 150 Km, traverse la montagne et entre ses bras tu trouveras le début de la ligne d’or.”

Je n’arrive plus à me souvenir exactement d’où m’est venu ce message mais la simple consultation d’une carte me permis de confirmer la chose. Il y avait bien un lieu du nom d’Ozé à 150 km au nord de Tokyo et la zone semblait en effet montagneuse. Mais que penser de cette ligne d’or ?

Curieux mais surtout désireux de gagner des cieux plus cléments, je découvrais que bus et trains reliaient cette zone en deux ou trois heures. Jetant mon dévolu sur le bus je rejoignais la gare de Shinjuku et m’écrasais au fond d’un siège où très vite le sommeil me gagna pour la première fois depuis longtemps.

L’automne allume la forêt mais ne la brûle pas :

Nous étions mi octobre, l’année montrait des signes de faiblesse mais dans une dernière pirouette faite à l’hiver, elle s’embrasa alors de mille couleurs, Koyo était là.

Le bus me déposa au pied d’une montagne imposante. Il allait falloir gravir. J’en étais convaincu ce contrefort agissait comme un écrin dérobant aux yeux des passants les magies d’un bijou unique.

L’ascension ne se fit pas sans peine mais la montagne qui s’agitait alors en un kaléidoscope devenu fou compensait sans peine l’effort consenti. Elle donnait autant qu’elle vous prenait.

laurent ibanez derriere la colline oze les couleurs de l'automne

les couleurs étaient incroyables.

Après presque deux heures de montée, l’endroit se fit plus simple. La marche redevenait agréable, on avançait sans peine. Quelques espaces dégagés laissés apercevoir des contrebas pleins de promesses.

La forêt se fit de plus en plus discrète, si bien qu’elle finit par disparaître totalement découvrant alors le plateau en contrebas. L‘écrin s’était ouvert.

 

Tout est tracé, il suffit de suivre le chemin :

Sous mes yeux s’étendait un vaste plateau sur lequel perçait de petits étangs ça et là. Le reste était recouvert d’herbes hautes que l’automne s’était chargé de mettre en couleurs. Pas une nuance de jaune ou de rouge n’avait était oubliée.

Au milieu de ce feu d’artifice, un étrange sillon semblait se frayer un chemin. J’avais trouvé la ligne d’or.

Déposant au sommet de cette montagne les tracas qui m’agitaient alors, le pas se fit plus léger et c’est presque en flottant que j’atteignais le début du chemin doré.

laurent ibanez derriere la colline oze dans les marais

La forêt laissait enfin apparaître l’endroit.

Une marche au milieu des couleurs :

Mes yeux m’avaient joué un tour. Le chemin n’était en fait qu’un assemblage de passerelles en bois permettant de traverser la zone sans encombre. Peu importe ! Maintenant que j’avais retrouvé le fil qui m’avait échappé, je le tiendrais bien serré et ne le perdrais plus.

Il est impossible de savoir combien de temps dura la promenade, ni combien de kilomètres je parcourais. La question ne se posait tout simplement plus en ces termes. Un sentiment de complétude s’installait petit à petit. Ces rares moments qui vous disent : “tu es au bon endroit”.

laurent ibanez derriere la colline oze chelin de bois

parfois le temps suspend son vol.

La lumière commençait à décliner, le soleil était passé derrière le mont Hiuchigatake. Ce dernier projetait alors son ombre sur les lieux, créant par la même occasion de nouvelles nuances de couleurs. La température se rafraîchit et des bruits nouveaux commencèrent à éclore. Les bruits de la nuit naissante.

laurent ibanez derriere la colline oze ombre de la montagne

L’ombre de la montagne s’étend sur le plateau.

Dans cette histoire la saison joue un rôle important. Peut être que l’enchantement n’aurait pas été le même si j’étais venu à une autre période. Je n’en suis pas sûr car les photos que j’ai pu voir ça et là en hiver, au printemps et en été sont également incroyables.

C’est donc un endroit à vivre à chaque saison. Il ne faut pas croire, la nature est aussi fine tricheuse qu’habile manipulatrice. Parfois il est bon de se faire abuser.

laurent ibanez derriere la colline oze riviere

 

La nuit embrasse les lieux de son regard, le chemin touche à sa fin :

C’est lorsque l’on finit par croire que la lumière du crépuscule ne s’éteindra jamais que subitement elle tire sa révérence.

La nuit est là. Heureusement même dans le noir d’une nuit d’octobre, il est facile de sentir le bois du chemin sous ses pas.

Je presse l’allure ne sachant où dormir. Dans cet empressement à venir en ces lieux, j’avais ignoré des questions aussi essentielles que la nourriture et le logement.

Le chemin finit par s’arrêter. Je fais quelques pas, me retourne comme pour saluer un camarade de route et entame la remontée.

A une heure avancée j’arrive au pied d’une auberge qui semble fermée mais d’où perce un peu de lumière. Je frappe, quelqu’un m’ouvre. C’est fermé me dit on. J’aperçois quand même quelques personnes qui ressemblent à des clients.

Nous discutons et finalement je gagne le droit à un bref en cas et à une courte nuit dans une chambre complètement vide.

Vient le sommeil.

Un jour neuf :

Le soleil bientôt pointe ses rayons à travers la fenêtre. Le souvenir de la journée précédente semble déjà lointain.

Après avoir remercié le tenancier, je rejoins le parking voisin d’où partent les bus pour gagner la capitale.

Il est 6h30, le bus démarre. Chemin faisant je m’habitue à cette nouvelle journée. J’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose là bàs sur la montagne. Malgré les efforts pour se souvenir, impossible !

Tant pis cela ne devait pas être si important.

“Pour l’amour du ciel, d’où viens-tu ? – Du pays d’Oz, répondit gravement Dorothée. Et Toto est là, lui aussi. Oh ! tante Em ! comme je suis heureuse d’être de retour à la maison ! “

Le Magicien d’Oz Lyman Frank Baum.

Ce texte est dédié à yc, que je n’ai pu me résoudre à laisser sur cette montagne.

Advertisements

9 thoughts on “Ozé. A la poursuite du chemin doré.

  1. Très beau texte.
    J’aimerais moi aussi, lorsque je viendrai au Japon, découvrir des petits endroits plein de poésie, qui te donnent des frissons et te rendent nostalgique sans savoir de quoi.
    Parlons pognon maintenant. Tu crois qu’avec 11 000€ on peut vivre des trucs dans le genre (j’aimerais passer 3 mois au Japon tout en vivant des trucs dans le genre, ne pas me contenter des grandes villes)?

    Liked by 1 person

    1. Salut léo. Merci pour le message.
      Avec ce budget en 3 mois tu peux vraiment faire des choses exceptionnelles donc pas d’inquiétudes.
      Si tu as des questions envoie moi un message !

      Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s