Les nouveaux diplômés, une matrice de la société japonaise ?

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Tous les matins lorsque je me rendais au bureau à Shinjuku, j’étais surpris par cette armée de travailleurs qui faisait route avec moi.

Les salariés japonais possèdent beaucoup de points communs avec l’armée : le nombre, la détermination, le dévouement et l’uniforme.

De tous ces critères c’est ce dernier qui m’interpellait le plus.

Si les salariés français ont beaucoup en commun concernant leurs codes vestimentaires, les japonais poussent ce mimétisme à des limites nouvelles.

Les codes sont assez stricts et peu de libertés sont laissées aux salariés à ce niveau.

Cela me semblait vraiment étonnant quand on sait la créativité débordante dont peuvent faire preuve les japonais dans le domaine de la mode.

Beaucoup ont certainement en tête les divers mouvements vestimentaires qui agitent l’archipel, sans parler du Cosplay qui maintenant n’est plus un phénomène propre au Japon.

Comment cette société pouvait elle à ce point osciller entre une mode exhubérante dans sa richesse, à une quasi armée de clones sans charmes ni saveurs ?

La fin des études, le début d’un nouveau cycle, la chrysalide doit se faire papillon :

L’année d’étude se finit en mars et re-commence en avril. La symbolique est déjà très forte puisqu’elle correspond au passage de l’hiver au printemps, c’est aussi la période de la floraison des cerisiers, tout un programme.

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la symbolique du renouveau est très forte au Japon.

Pour ceux dont c’est la dernière année (en général un cursus de 4 ans pour un Bachelor et 6 ans pour un Master) cela symbolise le début de l’activité professionnelle. On passe clairement d’un monde à un autre.

Mais n’allez pas croire que tout s’enchaîne de la sorte. Trouver un emploi au japon est beaucoup plus organisé qu’on ne le pense, et cela fait déja au moins un an que les étudiants s’y préparent.

Le shukatsu, la recherche d’emploi à la japonaise :

La recherche d’emploi au Japon est quelque chose de trés important dans la vie des jeunes étudiants. Cela est extrémement codifié et les prétendants vont devoir s’y conformer s’ils veulent décrocher un emploi.

Tous les ans, en fin d’année les grandes entreprises vont publier leurs offres d’embauche. C’est à ce moment là que les 3ème années vont entrer dans une danse assez folle afin de trouver le partenaire de leurs “rêves”.

Déjà un code vestimentaire est imposé. Celui-ci variera que vous soyez homme ou femme. La machine à cloner est en route.

La pression est énorme et beaucoup vont passer une grande partie de leur dernière année à chercher un emploi, passer des tests et des entretiens.

La peur suprême : être laissé sur le bord de la route de l’emploi.

Ce process est symptomatique de la société nippone ou la cohercition sociale est tellement forte qu’elle ne laisse que peu de place au questionnement, et à la définition de ce qui peut être bon ou pas pour soi.

Une vidéo réalisée par une étudiante japonaise en art vous donne une petite idée de ce à quoi ressemble le shukatsu.

Pour aller plus loin je vous conseille cet article qui traite du shukatsu.

Les shinsotsusha, une matrice de la société japonaise :

On peut traduire ce terme par nouveau diplômé. Il/elle est jeune, plein d’énergie, d’idées, d’attentes pour le futur en d’autres termes il est neuf et il ne sait pas ce qui l’attend.

Enfin pas tout à fait car l’année passée à rechercher un emploi lui a certainement donné un avant goût de l’après.

Cela commence donc avec des règles assez strictes au niveau vestimentaire.

Pour les hommes : Costume deux piéces classique (pantalon et veste). Au niveau des couleurs la sobriété sera de mise puisque nous irons du noir, en passant par le gris sombre, jusqu’au au bleu marine foncé.

La chemise sera en général blanche et agrémentée d’une cravate qui pourra parfois prendre des couleurs vives.

Pour les femmes : il s’agit d’un tailleur assorti d’une chemise blanche. Il arrive également que cet ensemble soit complété par un long manteau beige. Les couleurs seront assez proches de celles portées par les hommes.

Après avoir discuté avec quelques amis salarymen/women, ils me précisent que la règle n’est pas aussi stricte qu’il y paraît et qu’avec le temps les nouveaux salariés peuvent légèrement s’affranchir des règles pour se permettre quelques libertés. Cela variera énormément en fonction de la compagnie dans laquelle ils travaillent. Les sociétés étrangères ont par exemple la réputation de pouvoir être un peu plus coulantes sur ces règles. A contrario les sociétés japonaises pourront être beaucoup plus conservatrices.

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un groupe de jeune diplômés se rendant au travail.

Les magasins spécialisés pour les salarymen :

Il existe au Japon plusieurs enseignes spécialisées dans l’habillement des salarymen/women et office lady.

Qu’elles se nomment Aoyama, Aoki, The suit company, elles se ressemblent vraiment dans l’offre qu’elles proposent à leurs clients. On retrouve naturellement le typique costume deux pièces décliné dans les couleurs approuvées par la société.

L’ensemble deux pièces coute entre 30 000 et 60 000 yen (240 à 480 euros).

La chemise entre 2 000 à 5000 yens (16/40 euros),

Une cravatte 2000 yens (16 euros)

Une paire de chaussure 3000 à 10 000 yens (25 à 80 euros).

La qualité des produits proposés dans ces magazins sans être mauvais sont quand même considérés comme entrée de gamme. Avec le temps et lespromotions, les salarymen auront tendance à s’habiller ailleurs.

Si vous avez l’occasion, y faire un tour est toujours une expérience intéressante.

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une des nombreuses enseigne dédiée à l’habillement des salarymen.

Les causes de cette uniformisation :

Des causes historiques :

Takashi Moriyama dans son livre l’abécédaire du japon nous explique que la terne tenue vestimentaire des japonais trouve son origine dans la culture de l’époque Tokugawa où, génération aprés génération, de jeunes samourais ont décrétés qu’il était indigne d’un garçon d’attacher de l’importance à des futilités telles que l’habillement, qui en toutes circonstances se doit donc d’être sobre. A cette même époque un édit interdit même aux riches marchands de porter des vêtements trop luxueux et leur enjoint la sobriété.

Cette tradition sera perpétuée même après la restauration Meiji et touche tous les pans de la société. Vous avez peut être déjà vu ces uniformes noirs des écoliers japonais. S’ils sont plus rares maintenant, il existe encore des écoles où ils sont en vigueurs.

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L’uniforme traditionnel que l’on retrouve encore de nos jours.

La prise en compte de l’autre :

En japonais il existe l’idée que l’on doit prendre en considération l’autre et ses sentiments. On dit souvent en japonais 気を使う (ki wo tsukau) qui pourrait se rapprocher d’ “être attentionné”. C’est la pensée selon laquelle nos façons d’être ou de se comporter peuvent heurter/gêner/indisposer les autres. Causer ce trouble deviendra alors un trouble pour soi même.

Le code vestimentaire est un moyen de communication à part entière est pourra en fonction de l’émetteur, du récepteur et de la situation être susceptible des générer des situations “délicates”.

Ainsi un ensemble de règles préalablement instauré pourra être d’un grand confort, puisqu’en les suivant sérieusement on sera presque toujours assuré de ne pas générer de problèmes.

On sacrifie donc un pan de liberté individuelle au profit d’une relation sociale plus “apaisée”.

Un peu de détachement dans un monde de règles :

Finalement les raisons à l’origine de cette uniformisation ressemblent à bien des égards à ce que l’on peut trouver en Europe (respect de l’autre, poids des coutumes etc.)

Les différences se feront plutôt sentir au niveau de la distance que l’on peut se donner à la règle mais également de sa discussion et sa remise en cause. Au Japon ces facteurs me sont apparus très en retrait. L’utilité justifierait-il le respect de la règle ?

Il ne faut pas pour autant croire que les japonais soient dupes. Ils sont parfaitement conscients des mécaniques qui régissent leur systèmes et des travers qui les hantent.

D’ailleurs avec le temps, les nouveaux salariés vont peu à peu commencer à s’émanciper des règles en vigueurs. Cette prise de distance ne sera pas flagrante, mais tout en nuances, sobrement, avec cette volonté de ne pas créer de vagues, “à la japonaise”.

C’est finalement cette capacité à gérer ces situations complexes avec ce détachement (qui n’est qu’apparence) qui m’est le plus surprenant.

 

 

English version.

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Every morning when I was going to my office in Shinjuku, I was so surprised to be all the time surronded by an army of workers. One the road, train… everywhere was full of same type of people. It’s not only in Shinjuku, you can see that everywhere in Tokyo and big cities in Japan.

Why am I speaking of army ?

Japanese employees “Salarymen” have lot of common point with the army : the amount, the determination, the dedication and the uniform.

Uniforms really striked my mind deeply..
If Eureopean employees have lot of common point regarding their dress codes, Japanese push this mimicry to new limits.

The codes are quite strict and employees have just few freedoms.
When you know the creativity of Japanese with fashion, it’s look really amazing.
Many people have in mind the various clothing movements that runs through the island, as the Cosplay, which is no longer a phenomenon peculiar to Japan.
How could this society oscillate between an exuberant mode of wealth, and a quasi-clone army without charms or flavors?

After the studies, a new cycle start… how the chrysalis become butterfly:

March is the end of study year and starts again in April.

As it’s also the passage time from winter to spring, the cherry blossom starts… it’s a strong symbolic period

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The cherry blossom is an important moment for japanese society.

For student in the last year studies (usually a Bachelor’s degree curriculum take four years and six years for a Master’s degree), this period symbolizes the beginning of professional activity.

We enter in new world and we let student life behind.
But things are not as easy as it seems. Finding a job in Japan is much more organized than we think, and the students get ready about it during their last year of studies.

The shukatsu, the Japanese job search:

Job search in Japan is very important in the lives of young students.

It’s extremely codified and the postulant will have to comply with, if they want to get a job.
Every year, at the end of the year, big companies publish their job offers. At that time, student in their 3rd years will start a crazy dance to find the partner of their “dreams”.
A dress code is already imposed for all. It will vary whether you are male or female. The cloning machine is on the way.
The pressure is enormous, many of them will spend much of their last year looking for a job, passing tests and interviews.
Supreme fear: being left behind.
This process is symptomatic of Japanese society. The social cohesion is so strong that it leaves no much room for questioning, and defining what can be good or not for yourself.

This video made by a Japanese student in art gives you an idea of what the shukatsu looks like.

To go deeper I advise you this article which talk about shukatsu (in French).

The shinotsusha, or the perpetuation of the army of clones:

This term can be translated as a new graduate. He / she is young, full of energy, ideas, expectations for the future. In other words he / she is young and does not know what will happen.
Not quite because the past year to look for a job certainly gave him / her a idea.
So it starts with pretty strict rules on dress.

For men: The classic two piece souits (pant and blazer). For the colors, sobriety will be master rule. From black, dark gray, to dark navy blue.
The shirt will usually be white and embellished with a tie that can sometimes take bright colors.

For women: this is a tailored suit with a white “Italian neck style (often)” shirt. It may also be completed by a long beige trench coat. The colors will be quite close to those worn by men.

After discussing with some salarymen / women friends, they told me the dress code is not as strict as it look like and in time the new employees can slightly overcome the rules to allow themselves some liberties. This will depend on the company where they work. For example, foreign companies have the reputation of being able to be a little more fluid on these rules. On the other side, Japanese companies can be much more conservative.

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A group of new salarymen heading to their job.

Dedicated shops for salarymen:

There are several brands in salarymen / women and office lady in Japan.
Aoyama, Aoki, The suit company, konaka, Sakazen, PSFA… : Special clothes shop with the same kind of product.

We naturally find the typical costume two pieces declined in the colors approved by the company.

The two-piece set costs between ¥30,000 and ¥60,000 (€240 to €480).
The shirt between ¥2,000 to ¥5,000 yen (€16/40),
A tie ¥2000 (€16)
A pair of shoes ¥3000 to ¥10 000 (€25 to €80).
The quality and price of the products offered in these shop without being bad are nevertheless considered as first price. With time and promos, salarymen will tend to dress elsewhere.

Nota from translator (who wear often suit like that ) : I saw in Kyoto some shop with Salarymen clothes more expensive with price close for complete dress suit (the two piece set, shirt, tie, pant, trend coat, shoes…) around ¥300,000 to ¥700,000 (€2,000 to €5,000).


If you have the opportunity, go to this shop, it’s always an interesting experience.

the perfectsuit factory

Causes of this standardization:

Historical causes:

Takashi Moriyama in his book “l’abécedaire du Japon” tells us that the dull dress of the Japanese originated in the culture of the Tokugawa era where, after generation, young Samaourais decreed that it was unworthy of a boy To attach importance to futilities such as clothing, which in all circumstances must therefore be sober. At the same time an edict forbade even wealthy merchants to wear clothes too luxurious and enjoined sobriety.
This tradition will be perpetuated even after the Meiji Restoration and touches all parts of society.

(You may have already seen these black uniforms of Japanese schoolchildren.) If they are rarer now, there are still schools where they are in vigor.

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Consideration of the other:

In Japanese there is the idea that one must take into consideration the other and his feelings. It is often said in Japanese 気を使う (ki wo tsukau) that could come closer to “being attentive”. It is the thought that our ways of being or behaving can strike / generate / displease others. Causing this disorder will then become a trouble for either.

The dress code is a means of communication in its own right and, depending on the issuer, the receiver and the situation, may be liable to generate “delicate” situations.
Thus a set of rules previously established may be of great comfort, since in following them seriously one will almost always be sure not to generate problems.
Individual freedom is sacrificed in favor of a more “peaceful” social relationship.

A little detachment in a world of rules:

Finally, the reasons behind this standardization are the same (in many aspects) to what can be found in Europe (respect for the other, the weight of customs, etc.)
Differences will rather be felt in terms of the distance that a person can give himself to the rule but also of its discussion and its questioning. In Japan these factors appeared to me very much in the background. Would utility justify compliance with the rule?
It is not necessary to believe that the Japanese are fool. They are perfectly aware of the mechanics that govern their systems and the bridges that haunt them.


Moreover with time, new employees will gradually begin to emancipate themselves from the rules. This distance will not be blatant, but all in nuances, soberly, with this desire not to create waves, “The Japanese way”.
The most surprising me it is finally this ability to manage these complex situations with this detachment (which is only appearance).

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