Japon, l’autre pays des superstitions. (2éme partie)

Nous avons vu dans la première partie (mettre lien) pas mal de chose qui concernent le mauvais sort, la malchance ou encore la peur de la mort.

Passons donc en revue “l’arsenal” déployé par les japonais pour rendre la monnaie de sa pièce au destin.

Conjurer / attirer le mauvais sort :

Il existe un nombre incalculable d’actions qui peuvent être menées pour anticiper, combattre, éloigner les mauvais coups du sort. Petit florilège.

Shishimai ou danse du Lion :

Si cette coutume est d’origine chinoise, les japonais ont su l’adapter et en faire une partie intégrante de leur culture. A l’instar de son double chinois le lion peut être « habité » par une deux ou trois personnes en même temps qui vont donner vie à l’animal. La danse sera souvent rythmée par les taikos (tambours japonais traditionnels.)

Il existe plusieurs occasions de voir le lion danser. Au printemps et en automne pour garantir les bonnes récoltes, mais aussi en début d’année. Le but est ici de chasser les mauvais esprits. Souvent les spectateurs sont gratifiés d’une morsure qui garantira la victime d’une protection contre les malheurs à venir.

Je vous laisse une petite vidéo ici pour voir à quoi cela ressemble.

Se cacher les pouces aux abords d’un cimetière :

Pourquoi donc ? Car dans cette situation montrer ses pouces revient à exposer ses parents à la mort ! Dans un premier temps je ne comprenais pas le rapport entre les parents et les pouces. La réponse se trouve comme souvent dans les mots en présence.

En effet pouce en japonais se dit 親指 (oya yubi) et les parents peuvent entre autre mots se dire 親 (oya). La prononciation et le kanji sont les mêmes. Du coup la relation entre pouces et parents devient indéniable.

Casser ses lacets :

j’avoue n’avoir jamais fait l’expérience de cette croyance, et j’ignore si elle est toujours très répandue. On m’a expliqué que ce mauvais présage remontait à l’époque ancienne ou les gens portaient les chaussures traditionnelles japonaises nommées « Geta ». (aucun lien de famille avec le célèbre barde électronique que nous connaissons tous).

superstitions japon geta

Avec tous ces malheurs mieux vaut en prendre plusieurs paires.

Si vous regardez une Geta vous pouvez aisément remarquer qu’une simple ficelle (lacet) sert à retenir le pied à la chaussure, et si d’aventure cela devait casser, vous vous retrouveriez pied nu. C’était donc un coup dur à l’époque, et cette idée aurait persisté avec le temps.

Protéger sa maison contre l’esprit de la terre :

On sait qu’au Japon, la terre n’est pas si immobile qu’on pourrait le croire. Ainsi il devient nécessaire de protéger sa future construction contre les soubresauts du dieu de la terre. Il existe dont une cérémonie du nom de jichinsai (地鎮祭).  Ce qui est intéressant c’est que tremblement de terre se prononce presque de la même manière : jishin (地震).

superstitions japon protection maison à construire

un fuji-san miniature au milieu du jardin.

Si vous gardez l’œil ouvert lors de vos balades, il sera fréquent de voir un petit monticule de terre trôner au milieu du terrain à construire.

La catégorie de chantages :

Il arrive parfois qu’on se fasse menaçant et que le chantage soit une monnaie courante pour obtenir un résultat escompté.

Retrouver un objet perdu :

Vous avez perdu ce fameux dossier que tout le monde attend au travail. Celui qui va certainement décider de votre avenir et pour couronner le tout, vous n’avez pas de chien à qui vous pourriez faire porter le chapeau.

Peu importe une solution existe. Il suffit de se procurer une statuette du bodhisattva Jizô (que nous avons déjà évoqué plus haut) que l’on ficelle avec soin et à qui l’on promet la liberté une fois l’objet retrouvé.

Simple, assez pratique et peu coûteux. J’ai cependant quelques doutes sur l’efficacité du stratagème.

Je n’ai pas réussi à trouver d’explications concernant cette pratique.

Le Teru Teru bozu :

Il s’agit de la solution parfaite quand vous ne pouvez plus supporter cette pluie qui s’éternise que vous appelez de tous vos vœux un peu de soleil.

superstitions japon teru terubozu

Réalisé par mes soins pour des besoins photographiques !

Il s’agira de confectionner cette petite poupée avec du papier ou des mouchoirs, puis de l’accrocher à l’extérieur de la maison en récitant ce petit poème/prière :

 

Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Comme parfois le ciel en rêve
S’il fait beau je te donnerai un grelot d’argent

Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Si tu réalises mon rêve
Nous boirons beaucoup de saké sucré (amazake)

Teru-teru-bozu, teru bozu
Fais que demain soit une journée ensoleillée
Car s’il fait nuageux et que tu pleures
Je devrai te couper la tête

 

Un petit lien vers une jolie petite vidéo reprenant la chanson

Vous noterez qu’au japon on ne rigole pas avec la météo et que ceux qui s’y sont risqués on fini par y perdre la tête.

Le nom de Teru Teru bozu vient du verbe 照る (teru) qui veut dire briller, et du mot 坊主 (bôzu) qui signifie bonze (le prêtre bouddhiste).
Pour ceux qui veulent en réaliser un et tenter l’expérience, je vous mets ici un petit tuto.

Les Darumas :

Il s’agit de figurines de forme ovale/ronde sans bras ni jambes. Les Darumas sont en général rouges. Les plus petits font moins d’une 20 aine de centimètres et les gros modèles peuvent presqu’atteindre le mètre. On les achète dans les temples bouddhiste entre 1000 (8 euros) et 10 000 yens (80 euros).

Ils ont la particularité d’avoir les orbites dépourvus de pupilles. En effet lorsqu’on les achète, on leur en dessine une première en pensant au souhait que l’on veut voir réaliser. On garde alors le Daruma chez soi.

Si le vœu se réalise, on lui dessine alors la deuxième pupille, en méditant sur la façon dont le vœu s’est réalisé.

Si le vœu ne se réalise pas ou tarde, il est possible de renvoyer le daruma dans le temple ou il a été acheté (le daruma porte le sceau de son temple d’origine) pour qu’il y soit … brûlé. Cela ne veut pas dire que vous renoncez à votre vœu, mais on signifie ainsi aux dieux que l’on va changer de méthode pour réaliser son vœu.

Les talismans et prédictions en tous genres :

Cela pourrait presque faire l’objet d’un article complet en soi. Mais intéressons nous aux plus connus.

Les Omamoris le talisman japonais :

Mamori (守り) en japonais signifie protection/ défense. Réalisé en bois ou en papier, ce peut être une prière, une formule protectrice etc. L’objet est en général placé dans un petit sachet de tissu finement décoré.

superstitions japon omamoris

devanture classique d’un temple proposant des Omamoris.

La plupart des temples (shinto ou bouddhiste) disposent de leur propre Omamori ayant tous des pouvoirs spécifiques (les thématiques restent tout de même classiques : amour, santé, fortune …)

Il n’est pas rare de voir de longues files d’attentes devant certains temples connus.

Si les touristes ont tendance à acheter les Omamoris pour eux mêmes, les japonais peuvent aussi les ramener en souvenir pour les offrir à leurs proches.

Ces amulettes sont en générale gardées pendant une année, et à l’instar des darumas sont ramenés dans leur temple d’origine pour y être brûlées en signe de respect pour la divinité qui a protégé la personne.

Les prédictions ou Omikuji :

Les Omikuji (おみくじ) sont des bandelettes de papier que l’on achète dans les temples sur lesquels sont inscrites des prédictions.

Ces prédictions écrites dans un vieux japonais rend leur compréhension un peu délicate. Cependant des idéogrammes viennent facilement préciser si l’augure est bon ou mauvais. Ainsi cela va de Dai-kichi (大吉) qui veut dire grande chance, à Dai-kyô (大凶) pour grand malheur.

superstitions japon omikuji

on l’accroche pour s’en séparer ou pour augmenter son effet positif.

En cas de malheur, il est préférable de les accrocher dans le temple en les nouant à un arbre ou à des cordes prévues à cet effet afin de maintenir le mauvais œil loin de vous.

En cas de chance, vous pouvez au choix l’accrocher aussi afin d’en augmenter la chance, ou de le conserver sur vous.

Une superstition Aïnous :

Les Aïnous sont une minorité aborigène que l’on trouve dans le nord du Japon (Hokkaido). Ils ont une superstition qui m’a beaucoup touché.

Lorsqu’ils avaient des enfants et qu’il s’agissait de les nommer, ces derniers leur donné dans les premières années des noms dévalorisant du type poubelle, ordure, déchet etc.

Vous allez comprendre que derrière tout cela se cachent les meilleures intentions.

Les Aïnous pensaient que les esprits mauvais s’en prenaient toujours à ce qui leur était le plus important. On nommait ainsi les enfants pour tromper le mauvais esprit et qu’il épargne l’enfant. Lorsque ce dernier devenait plus grand et donc plus robuste, on lui donnait enfin son vrai nom.

Un pays riche en superstitions :

Quand j’ai commencé cet article, je ne me doutais pas de ce que j’allais trouver au fil de mes recherches. Je suis sûr que ce que j’ai évoqué ici ne représente pas même 10 % de toutes ces pensées et superstitions populaires.

Je ne suis absolument pas superstitieux, cependant je crois que derrière tout cela se cache énormément de vérités et qu’elles peuvent être révélatrices d’un système de pensée.

Pour le plaisir je vous livre une citation que j’aime beaucoup sur la chance :

« Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout ; les malchanceux ceux à qui tout arrive. »

Eugène labiche.

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